Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

Ouagadougou – À Ipendo, dans la région du Centre-Ouest du Burkina Faso, Awa, 48 ans et mère de six enfants, avoue avoir craint le pire lorsqu’elle a appris l’arrivée d’une équipe médicale proposant un dépistage gratuit du cancer du col de l’utérus. « J’ai pensé à mes enfants et j’ai décidé de surmonter cette peur », raconte-t-elle. Son histoire reflète celle de milliers de femmes burkinabè, confrontées à des obstacles majeurs pour accéder aux soins.

Longtemps, le cancer du col de l’utérus a constitué l’une des principales causes de mortalité féminine au Burkina Faso. Avant l’adoption de la stratégie mondiale de l’OMS pour son élimination, moins de 8 % des femmes bénéficiaient d’un dépistage, avec des inégalités criantes entre zones urbaines et rurales. Les distances à parcourir, les coûts élevés des transports et des soins, ainsi que le manque de personnel qualifié et de sensibilisation, rendaient l’accès aux diagnostics quasi impossible pour beaucoup.

Une stratégie audacieuse pour briser les barrières

Face à cette situation, les autorités burkinabè ont mis en place des mesures radicales pour faciliter l’accès aux soins. Le professeur Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), explique : « Le gouvernement a instauré la gratuité du dépistage et des traitements des lésions précancéreuses. Des centres périphériques ont été équipés et des cliniques mobiles déployées pour rejoindre les femmes là où elles se trouvent. »

Ces cliniques mobiles, désormais emblématiques, sillonnent villages, marchés, exploitations agricoles et même cours familiales. Les femmes n’ont plus à interrompre leurs activités quotidiennes pour se faire dépister. « Le dépistage est désormais accessible à proximité, permettant aux femmes de concilier santé et vie familiale », précise le Pr Zongo.

Cette initiative repose sur trois piliers : la suppression des barrières financières grâce à la gratuité des soins, la réduction des distances avec les cliniques mobiles, et une mobilisation communautaire renforcée. Le Burkina Faso a également multiplié les campagnes de sensibilisation via les médias audiovisuels et des événements comme « Octobre Rose ». Une coalition nationale regroupant la société civile, les leaders locaux et les médias a été créée pour encourager la participation des femmes. Résultat : le cancer du col de l’utérus est devenu une priorité nationale.

Un partenariat gagnant avec l’OMS

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé dans la réussite de cette stratégie. Elle a apporté un soutien technique pour l’élaboration des directives nationales, formé des professionnels à la détection précoce et au traitement des lésions précancéreuses, et accompagné les campagnes de sensibilisation. « L’OMS nous a aidés à renforcer nos capacités pour garantir que chaque femme, où qu’elle vive, puisse accéder à ces services essentiels », confie le Pr Zongo.

Des chiffres qui parlent : des vies sauvées

En seulement un an (d’octobre 2024 à septembre 2025), le Burkina Faso a organisé 468 missions de cliniques mobiles. Ces campagnes ont permis de sensibiliser près de 2 millions de femmes, d’effectuer 106 446 dépistages, de traiter 715 lésions précancéreuses et de réaliser 113 examens approfondis. Ces résultats ne sont pas de simples statistiques : ils représentent des vies sauvées et des familles protégées.

Le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, souligne l’importance de cette réussite : « Le Burkina Faso prouve que, avec une volonté politique affirmée et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des obstacles qui semblaient insurmontables. » Il ajoute que cette approche, combinant gratuité et mobilité, pourrait inspirer d’autres pays africains.

Un impact concret pour les femmes

Dans les villages, les cliniques mobiles changent la donne. Awa raconte : « Nous cultivons, vendons nos légumes au marché… Quand on nous a parlé du dépistage, j’ai eu peur. Mais les témoignages des autres femmes m’ont rassurée. Le jour du test, les agents nous ont tout expliqué. Quand le résultat est revenu négatif, j’ai été soulagée. Aujourd’hui, je recommande à toutes les femmes de se faire dépister. Plus tôt la maladie est détectée, plus simple est le traitement. »

Pour de nombreuses femmes, ces cliniques représentent bien plus qu’un service médical : elles offrent une première information sur le cancer du col de l’utérus, ses risques et ses moyens de prévention. Cette sensibilisation initiale est cruciale, car elle ouvre la voie à des actions préventives et curatives.

Au-delà de la santé, cette initiative touche à des enjeux plus larges : dignité, justice sociale et avenir des familles. Chaque clinique mobile qui arrive dans un village envoie un message clair : la santé est un droit, pas un privilège. Et au Burkina Faso, ce droit devient une réalité pour toutes.

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