volker türk alerte sur la dérive autoritaire et la répression au Mali
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a tiré la sonnette d’alarme face à l’aggravation de la situation politique au Mali. Selon Volker Türk, Haut-Commissaire, le pays connaît une détérioration accélérée de ses institutions démocratiques, marquée par un renforcement du pouvoir exécutif et une répression croissante des libertés fondamentales.
une transition démocratique compromise par la junte militaire
Depuis le coup d’État de 2020 qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est dirigé par une junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta. Volker Türk souligne que les mesures législatives récentes adoptées par les autorités accentuent la concentration des pouvoirs, rendant toute élection présidentielle improbable à court terme.
Parmi les décisions contestées :
- Une loi adoptée le 8 juillet permettant au général Goïta de prolonger son mandat sans limite de durée, jusqu’à ce que la situation sécuritaire s’améliore ;
- Un décret présidentiel dissous tous les partis politiques et organisations à vocation politique en mai dernier ;
- Des restrictions accrues sur le droit de vote et l’éligibilité des citoyens.
Ces mesures, selon le Haut-Commissaire, violent les principes fondamentaux du droit international et privent les Maliens de leur droit de participer pleinement à la vie publique.
crackdown sur l’opposition et la liberté d’expression
La répression ne se limite pas aux institutions. Volker Türk a dénoncé l’usage systématique de la loi pour museler les voix dissidentes. L’arrestation récente de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, interpellé pour avoir exprimé son soutien aux détenus politiques sur les réseaux sociaux, illustre cette tendance.
Le Haut-Commissariat a recensé une hausse alarmante des arrestations arbitraires touchant des citoyens de tous horizons, souvent inculpés sous des chefs fallacieux tels que « atteinte à la crédibilité de l’État » ou « opposition à l’autorité légitime ». Ces pratiques, qualifiées d’instrumentalisation du droit, menacent de transformer le Mali en un État où la dissidence devient un crime.
violences sécuritaires et exactions contre les civils
Parallèlement, le Mali reste en proie à des attaques djihadistes récurrentes menées par deux groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à Daech : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Ces violences, qui s’étendent à la frontière du Burkina Faso et du Niger, servent de prétexte à des opérations militaires controversées.
L’armée malienne, soutenue par le groupe paramilitaire russe Africa Corps (anciennement Wagner), est accusée de commettre de graves violations des droits humains : exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires, disparitions forcées et enlèvements. Depuis avril, le bureau de Volker Türk a documenté des centaines d’abus imputables à toutes les parties au conflit.
Dans ce contexte déjà explosif, la suspension indéfinie des élections et la répression généralisée risquent d’enraciner le Mali dans un cycle de violence et d’instabilité, mettant en péril l’avenir du pays et de sa population.