Tragédie au Burkina Faso : plus de 100 vies perdues lors d’un assaut yihadiste

Campo de desplazados internos de Barsalogho, la región Centro-Norte de Burkina Faso donde se ha perpetrado la matanza por parte de los islamistas, en una imagen de 2020.Juan Luis Rod

Plus d’une centaine de personnes, principalement des civils, ont été tragiquement tuées ce samedi à Barsalogho, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso. Ces victimes creusaient des fossés autour de leur localité pour se prémunir des attaques terroristes lorsqu’un groupe d’hommes armés, arrivant à moto, a ouvert le feu sans distinction sur la population. Quelques heures après ce terrible événement, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), une organisation terroriste affiliée à Al-Qaïda, a revendiqué la responsabilité de ce massacre. Il est important de noter que ces civils avaient été contraints à cette tâche par le capitaine Ibrahim Traoré, président de la junte militaire au pouvoir dans le pays depuis 2022.

Le bilan précis de cette atrocité reste incertain, mais elle est déjà considérée comme l’une des pires attaques contre des civils que le Burkina Faso ait connues ces dernières années. Selon diverses sources citées par Europa Press, le nombre de morts varierait entre 100 et 200, tandis que 140 blessés ont été acheminés vers l’hôpital de Kaya, situé à environ 45 kilomètres, ainsi que vers d’autres structures de santé régionales. Parmi les défunts figurent de nombreux membres des Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), une force civile établie par le gouvernement burkinabé pour appuyer les militaires dans la lutte contre le terrorisme. Les assaillants ont également réussi à s’emparer d’armes et d’une ambulance militaire lors de cette incursion.

La région Centre-Nord est malheureusement un terrain propice aux embuscades, assauts et déploiements d’explosifs par la branche locale du JNIM, le groupe yihadiste le plus actif du Sahel central. Parallèlement, cette zone accueille des dizaines de milliers de personnes déplacées internes, fuyant la violence croissante dans les régions plus septentrionales du pays, notamment la région du Sahel. Barsalogho, théâtre de cette tragédie, se trouve à seulement 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou.

Depuis son accession au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Traoré a érigé la lutte contre les yihadistes et la reconquête de l’intégralité du territoire national en objectif prioritaire. «Je consacre 80% de mon temps à la guerre», avait-il affirmé récemment. Malgré l’arrivée d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, leur mission se concentre principalement sur la protection rapprochée de Traoré. Le dirigeant burkinabé a en effet opté pour une stratégie de reconquête basée sur l’acquisition de matériel, comme des drones de combat de fabrication turque, et sur l’implication de la population civile, notamment par le recrutement de volontaires. Des civils ont également été envoyés au front en guise de sanction pour leurs critiques envers la junte militaire.

Des volontaires en première ligne, souvent désarmés

Ces Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), dont environ 30 000 sont déployés en première ligne de défense, bénéficient d’une formation militaire rudimentaire. Cependant, dans de nombreux cas, ils manquent cruellement d’armes ou de munitions pour faire face aux groupes terroristes. Ils sont devenus, de fait, une cible privilégiée pour ces extrémistes, comme l’illustre dramatiquement l’incident de Barsalogho ce samedi. Le Projet de Données sur les Événements et les Localisations de Conflits Armés (Acled) estime qu’environ 5 000 volontaires ont péri lors de diverses attaques depuis la création de ce corps en 2019. Malgré un fort engagement patriotique de beaucoup d’entre eux, un mécontentement croissant se fait sentir dans leurs rangs, selon une source burkinabée proche des VDP. Leur service est rémunéré par une prime mensuelle d’environ 120 euros.

Le Burkina Faso est confronté à une insurrection yihadiste depuis 2015, qui affecte particulièrement le nord, l’est et l’ouest du pays. Ce conflit a entraîné des milliers de décès et plus de deux millions de déplacés internes. On estime que plus de la moitié du territoire burkinabé échappe actuellement au contrôle de l’État. Dans de vastes zones du pays, les forces de défense ne sont présentes que sur les axes routiers majeurs et dans les villes principales. Les attaques yihadistes contre les militaires et les civils, souvent des volontaires ou leurs familles, sont incessantes. Toutefois, il est aussi avéré que l’armée et les VDP eux-mêmes sont impliqués dans des actes de violence. En avril dernier, Human Rights Watch a accusé les Forces Armées et leurs collaborateurs civils d’être responsables du massacre de 223 personnes, dont 56 enfants, dans deux villages du nord du pays. Le gouvernement burkinabé a toutefois réfuté ces allégations.

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