Le développement des infrastructures de transport au Cameroun franchit un nouveau palier. À Yaoundé, une étape décisive a été franchie avec la signature d’un protocole d’accord portant sur la structuration du projet de corridor ferroviaire reliant Edéa, Kribi, Lolabé et Campo. Cet acte officiel, présidé par le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe, réunit l’État du Cameroun, le groupe Africa Global Logistics (AGL) et la société Camalco, filiale de l’entreprise australienne Canyon Resources.
Une infrastructure motrice pour la logistique nationale
Ce projet ambitieux vise à transformer durablement la chaîne logistique du pays en articulant le transport ferroviaire, les activités portuaires et l’exploitation minière. Le tracé prévu s’étend sur environ 184,5 kilomètres. Il s’inscrit dans une vision globale de modernisation du réseau ferré national, complétant d’autres projets de desserte comme celui reliant Douala à Idénau.
Le modèle retenu s’appuie sur un partenariat public-privé englobant toutes les phases de vie de l’infrastructure : de la réalisation des études techniques au financement, jusqu’à la construction et l’exploitation future. Bien que les détails financiers et le calendrier précis restent à affiner, cette initiative souligne la volonté de désenclaver la région Sud et de renforcer la compétitivité des exportations camerounaises. Pour AGL, cet engagement permet de consolider son expertise dans la gestion des flux de marchandises en Afrique centrale.
Le port de Kribi au centre des ambitions d’exportation
L’enjeu majeur de ce tronçon ferroviaire réside dans la connexion directe avec le port en eau profonde de Kribi. Actuellement, la pleine exploitation de cette plateforme portuaire est limitée par l’absence de liaisons terrestres de grande capacité. Le chemin de fer permettra d’évacuer des volumes massifs, soulageant ainsi le port de Douala, dont les capacités sont restreintes par les contraintes naturelles de l’estuaire du Wouri.
L’implication de Camalco met en lumière la vocation minière de ce projet. L’entreprise pilote l’exploitation du gisement de bauxite de Minim Martap, situé dans la région de l’Adamaoua. Avec des réserves estimées à plus d’un milliard de tonnes, ce site de classe mondiale nécessite une logistique robuste. La création d’une voie ferrée dédiée est donc indispensable pour acheminer le minerai vers les terminaux de stockage et les navires minéraliers.
Vers une intégration complète de la filière minière
En attendant la mise en service de ce nouveau corridor, Camalco renforce déjà ses capacités sur le réseau existant. La société a récemment augmenté sa participation dans le capital de Camrail, le concessionnaire actuel du réseau ferroviaire, la portant à 26,9 %. Des investissements significatifs ont également été réalisés dans les infrastructures portuaires de Douala pour sécuriser les premières expéditions.
Toutefois, le passage par Kribi reste l’objectif à moyen terme pour optimiser les coûts et gérer des flux minéraliers de grande envergure. Les premières locomotives et les wagons sont attendus courant 2026, avec une première exportation de bauxite prévue pour la fin de la même année. Ce futur corridor Edéa-Kribi-Lolabé-Campo représente donc un levier stratégique pour faire du Cameroun un hub logistique et minier majeur dans la sous-région.