L’industrie sidérurgique camerounaise franchit un cap avec le raccordement direct de Prometal aux barrages

Le paysage énergétique industriel du Cameroun connaît une mutation majeure. Le gouvernement vient de valider une décision stratégique permettant au groupe Prometal, leader de la transformation de l’acier dans la sous-région, de s’approvisionner directement en électricité auprès des infrastructures de production. Cet accord porte sur une capacité de 90 mégawatts fournie par Electricity Development Corporation (EDC), l’entité publique en charge du patrimoine électrique national.

Le processus de finalisation contractuelle est déjà sur les rails. Des sessions de travail sont programmées à Yaoundé, au sein des services du Premier ministre, pour régler les derniers détails techniques et juridiques. Une feuille de route précise a été établie pour encadrer ces échanges, impliquant notamment le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, et le secrétaire général Séraphin Magloire Fouda.

Un privilège stratégique partagé avec le géant de l’aluminium

Jusqu’ici, seule la Compagnie camerounaise de l’Aluminium (Alucam) bénéficiait d’un tel accès direct à la source, étant connectée historiquement au barrage d’Edéa. En rejoignant ce cercle restreint, Prometal s’assure une alimentation stabilisée. Le schéma contractuel repose sur une double articulation : un accord de fourniture avec EDC et un contrat de compensation avec Socadel (la structure succédant à Eneo).

Contrairement à Alucam, qui dépend des centrales d’Edéa et de Songloulou, le sidérurgiste puisera son énergie dans les ouvrages gérés par EDC. Le dispositif s’appuiera principalement sur le barrage de Lom Pangar, doté d’une usine de pied de 30 MW, et sur le complexe de Memve’élé, dont la puissance de pointe atteint 211 MW.

Une montée en puissance industrielle fulgurante à Douala

Cette transition vers l’approvisionnement direct répond à une explosion des besoins énergétiques du groupe. Implanté dans la zone industrielle de Douala-Bassa avec cinq unités déjà actives (Prometal 1, 2, 3, Profab et Progaz), l’industriel a vu sa consommation passer de 26 MW en 2024 à 40 MW en 2025. Les projections indiquent un besoin de 60 MW pour 2026, culminant à 90 MW en 2027.

Cette accélération coïncide avec le lancement de Proalu, une sixième usine d’envergure spécialisée dans la fabrication de câbles électriques et de tôles d’aluminium. Pour maintenir sa compétitivité, l’entreprise devait impérativement s’affranchir des contraintes du réseau de distribution classique, souvent sujet à des instabilités, en optant pour une tarification plus avantageuse directement liée aux droits d’eau.

Une bouffée d’oxygène pour les finances du secteur électrique

Pour EDC, l’arrivée de ce nouveau client direct est une opportunité financière de premier ordre. Le modèle économique de l’entreprise de patrimoine, basé sur la perception des droits d’eau, souffrait des retards de paiement de son client traditionnel, Socadel. Avec Prometal, EDC s’assure une source de revenus fiable et solvable.

Ces nouvelles liquidités sont essentielles pour financer les projets d’extension du parc énergétique national. Parmi les chantiers prioritaires figurent l’augmentation de la capacité de la centrale de Mbakaou à 400 MW, le développement de Memve’élé 2, ainsi que l’installation d’une centrale solaire de 50 MW. Rappelons qu’en une décennie, Prometal a déjà injecté environ 42 milliards de FCFA dans la filière électrique camerounaise, soulignant son poids économique déterminant pour le pays.

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