Un gouvernement militaire en croisade contre les voix indépendantes
Le Burkina Faso traverse une période sombre marquée par une répression systématique de la société civile. Les autorités militaires, au pouvoir depuis septembre 2022, multiplient les mesures coercitives pour museler les organisations de défense des droits humains, les médias indépendants et toute forme de dissidence pacifique. Cette politique restrictive s’inscrit dans une logique de contrôle accru, au mépris des libertés fondamentales.
Dissolution massive et restrictions administratives
En avril 2026, le ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité a annoncé la dissolution de 118 organisations de la société civile, dont beaucoup œuvraient pour les droits humains. Cette décision brutale s’appuie sur une loi de juillet 2025 relative à la liberté d’association, mais sans justification claire, si ce n’est des allégations vagues de non-respect de cette même loi. Pourtant, des structures comme l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) ou la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF) semblaient en règle avec les exigences légales, un délai d’un an leur étant accordé pour se conformer.
Une répression qui s’étend à tous les secteurs
La junte militaire ne se contente pas de cibler les associations : elle étouffe aussi les médias indépendants, arrête arbitrairement des défenseurs des droits humains et des journalistes, et impose des restrictions administratives draconiennes. Parmi les mesures récentes :
- Obligation d’obtenir un « visa statistique » pour mener des recherches, un processus coûteux et chronophage qui entrave la collecte de données indépendantes ;
- Suspension ou expulsion de dizaines d’ONG, dont des organisations internationales comme Communità di Sant’Egidio ou le Tony Blair Institute, sous des prétextes procéduraux flous ;
- Enrôlement forcé dans l’armée de militants, journalistes et membres de la société civile, via un décret de « mobilisation générale » d’avril 2023, utilisé de manière disproportionnée.
Des conséquences dramatiques pour les droits humains
Cette politique répressive s’inscrit dans un contexte de crise sécuritaire aggravée, où le Burkina Faso lutte contre des groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à Daech. Pourtant, les autorités militaires semblent davantage préoccupées par la surveillance de la société civile que par la protection des populations. Les organisations internationales dénoncent :
- Des arrestations arbitraires de travailleurs humanitaires et de journalistes ;
- Des expulsions ciblées, comme celle de Carol Flore-Smereczniak, représentante de l’ONU, en août 2025 ;
- Des disparitions forcées, dont celle de l’éminent journaliste Serge Oulon, toujours portée disparue depuis 2024.
Un appel à la communauté internationale
Quatre organisations majeures – Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et l’Observatoire KISAL – appellent le gouvernement burkinabè à mettre fin à cette répression. Elles rappellent que le droit international protège les libertés d’expression et d’association, et que les restrictions imposées au Burkina Faso ne respectent pas les critères de nécessité, de proportionnalité et de non-discrimination.
« Une société civile libre et active est un rempart contre les abus de pouvoir et un amplificateur des voix marginalisées. Les autorités doivent cesser de bâillonner les organisations indépendantes et garantir le respect des droits fondamentaux », déclare Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH.
Une loi controversée qui étend le contrôle de l’État
La loi de juillet 2025 sur la liberté d’association, présentée comme un outil de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, renforce considérablement le pouvoir des autorités sur la société civile. Elle impose des obligations lourdes, comme l’obligation pour les organisations étrangères de nommer des ressortissants burkinabè à des postes clés – une mesure risquée pour ces derniers. Pire encore, le Code de la famille de septembre 2025 permet désormais au gouvernement de retirer la nationalité burkinabè à toute personne jugée nuisible aux intérêts de l’État, ouvrant la voie à des situations d’apatridie.
Face à cette dérive autoritaire, les observateurs s’interrogent : jusqu’où ira la junte ? Et quel sera l’impact de cette répression sur la stabilité à long terme du Burkina Faso ?