Lomé a servi de cadre, les 7 et 8 juin 2026, à une rencontre d’envergure centrée sur les tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Les acteurs clés de la médiation régionale, incluant la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ainsi que les représentants de l’Union africaine et de l’Organisation des Nations unies, y ont participé afin d’évaluer l’avancement des pistes diplomatiques et de mesurer l’écart entre les positions des parties en conflit.
Lomé, laboratoire d’une médiation en quête de cohérence
Le choix de la capitale togolaise comme lieu de rassemblement n’était pas anodin. Faure Gnassingbé, facilitateur désigné par l’Union africaine pour le dossier congolais, tente depuis des mois de fédérer des initiatives diplomatiques souvent dispersées. Les processus de Nairobi, pilotés par l’EAC, et de Luanda, mené sous l’égide de l’UA, ont progressé de manière cloisonnée, sans toujours converger vers une vision commune. Malgré une tentative de fusion amorcée en 2024, les avancées concrètes sur le terrain restent limitées.
Les participants à cette réunion ont pointé du doigt un manque criant de coordination entre les différentes médiations. Plusieurs diplomates ont souligné l’urgence de rationaliser les canaux de dialogue afin d’éviter que les acteurs armés, notamment le Mouvement du 23 mars (M23), ne tirent parti des divergences entre médiateurs. L’expansion militaire du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a d’ailleurs profondément modifié le paysage sécuritaire de la région.
Kinshasa, Kigali et le M23 : un calendrier diplomatique sous pression
Les discussions tenues à Lomé ont révélé des avancées limitées malgré les attentes élevées. Les échanges directs entre le gouvernement de Kinshasa et le M23, autrefois refusés par les autorités congolaises, ont finalement été engagés sous la pression des médiateurs régionaux et des partenaires internationaux. Cependant, le dialogue bilatéral entre la RDC et le Rwanda, suspecté par plusieurs instances internationales de soutenir le groupe rebelle, reste le principal obstacle à une résolution durable du conflit.
Les médiateurs ont rappelé que la concrétisation des engagements passés, tels que le retrait des forces étrangères du sol congolais et le désarmement des groupes armés, accuse un retard alarmant. Le déploiement de la mission de la SADC en RDC (SAMIDRC), marquée par des pertes humaines significatives début 2025, a mis en lumière les limites des solutions purement militaires face à un conflit aux racines complexes, mêlant enjeux économiques, fonciers et identitaires.
L’économie de guerre, un frein majeur à la paix
Au-delà des considérations politiques, les participants ont insisté sur l’urgence de s’attaquer aux circuits illégaux d’exploitation des ressources minières du Kivu. Le coltan, l’étain, l’or et le tungstène nourrissent une économie de guerre dont les répercussions s’étendent jusqu’aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Plusieurs médiateurs ont plaidé pour la mise en place d’un mécanisme régional de traçabilité, jugé indispensable pour toute avancée durable vers la paix.
La réunion de Lomé n’a pas débouché sur des annonces retentissantes, mais elle a permis de réaffirmer l’importance d’une approche globale. Les prochaines étapes devraient intégrer davantage les acteurs locaux congolais, longtemps exclus des discussions dominées par les dirigeants et les chancelleries. La société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les autorités traditionnelles, sont désormais perçues comme des partenaires incontournables pour ancrer un éventuel accord dans la réalité des territoires touchés par le conflit.
Les médiateurs ont quitté Lomé sans calendrier précis pour la signature d’un accord global. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l’élan diplomatique initié dans la capitale togolaise suffira à inverser la tendance d’un conflit qui, depuis plus de trente ans, résiste à toutes les tentatives de médiation dans la région des Grands Lacs.