Mali : exécutions et disparitions de civils peuls par l’armée et Wagner

Des dizaines d’exécutions et disparitions depuis le début de l’année 2025

Depuis janvier 2025, les forces armées maliennes et leurs alliés du groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont accusés d’avoir perpétré des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées de civils issus de l’ethnie peule. Ces actes, documentés par des enquêtes indépendantes, visent principalement des hommes peuls accusés à tort de collaboration avec des groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda.

Selon les rapports, au moins 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées ont été recensées depuis le début de l’année. Ces actes surviennent dans le cadre d’opérations de contre-insurrection menées contre le GSIM dans plusieurs régions du pays, dont Kayes, Ségou et Tombouctou.

Des accusations infondées et des conséquences dramatiques

  • Les soldats maliens et les mercenaires de Wagner ciblent systématiquement les Peuls, les accusant sans preuve de soutenir les groupes islamistes armés.
  • Les victimes, majoritairement des éleveurs et des marchands de bétail, subissent des violences extrêmes : exécutions sur place, tortures et détentions secrètes.
  • Les familles des disparus sont laissées sans nouvelles, privées de toute information sur le sort de leurs proches.

Des témoignages accablants et des preuves documentées

Des enquêtes menées par des organisations internationales révèlent l’ampleur des atrocités commises. Voici quelques-uns des cas les plus marquants :

Le massacre de Sebabougou (Kayes) – 12 avril 2025

Le 12 avril, plus de 100 hommes peuls ont été arrêtés dans le village de Sebabougou, accusés de liens avec des groupes armés. Transportés vers un camp militaire à Kwala, ils ont été exécutés sommairement. Leurs corps, retrouvés en périphérie du camp, présentaient des signes de torture.

Un survivant, dont le cousin a été arrêté, témoigne :

« Depuis le jour de l’arrestation, nous n’avons plus aucune nouvelle de nos proches. Les autorités refusent de nous donner des informations. »

Un rapport de l’ONU confirme ces allégations, dénonçant « l’indignation face à l’exécution sommaire présumée de plusieurs dizaines de personnes ».

L’horreur de Kobou (Tombouctou) – 23 janvier 2025

Ce jour-là, des soldats maliens ont pénétré dans le village de Kobou, exécutant trois civils peuls et incendiant plus de 30 maisons. Les victimes, âgées de 46 à 75 ans, ont été tuées alors qu’elles tentaient de fuir.

Un villageois de 28 ans raconte :

« Nous, les Peuls, savons que les soldats nous ciblent parce qu’ils nous considèrent comme des djihadistes. Personne ne nous épargne. »

Des images satellite confirment les destructions massives dans la zone.

Les enlèvements de Farana (Tombouctou) – 26 mars 2025

Quatre hommes peuls ont été arrêtés par des soldats maliens au bord d’une rivière. Après les avoir battus et torturés, les militaires ont disparu. Leurs proches ont retrouvé des traces de sang et de chair humaine sur les lieux de l’arrestation.

Un témoin décrit l’horreur :

« C’était comme un abattoir. Il y avait du sang partout, des morceaux de cerveau collés aux branches. Les soldats ont emmené les corps avec eux. »

L’impunité des responsables et l’inaction des autorités

La junte militaire malienne, au pouvoir depuis 2021, est directement pointée du doigt pour son rôle dans ces violations graves des droits humains. Malgré les preuves accablantes, aucune enquête sérieuse n’a été ouverte, et les familles des victimes restent sans réponse.

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel, déclare :

« La junte malienne est responsable des crimes commis par l’armée et le groupe Wagner. Elle doit mettre fin à ces abus, révéler où se trouvent les détenus et traduire les responsables en justice. »

Le rôle controversé du groupe Wagner

Bien que les autorités maliennes n’aient jamais officiellement reconnu la présence du groupe Wagner, des sources crédibles et des rapports indépendants confirment son implication dans les violences. Après des années d’opérations conjointes avec l’armée malienne, le groupe a annoncé son retrait en juin 2025, laissant place à une nouvelle entité : l’Africa Corps, sous contrôle russe.

Cette transition coïncide avec une recrudescence des attaques des groupes armés islamistes et séparatistes, aggravant la crise sécuritaire au Mali.

Les exigences de la communauté internationale

Face à cette situation, l’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les civils et soutenir les enquêtes sur les abus commis par toutes les parties au conflit. Le Mali, signataire de plusieurs conventions internationales, est tenu de respecter ses obligations en matière de droits humains.

Les experts soulignent que les responsables, y compris les hauts gradés maliens et russes, pourraient être tenus pour responsables des crimes de guerre. La Cour pénale internationale, qui enquête déjà sur les crimes commis au Mali depuis 2012, pourrait intervenir si les autorités locales ne prennent pas de mesures concrètes.

Un appel à la justice est lancé :

« Que l’Union africaine fasse pression sur le Mali pour qu’il enquête, ou que la Cour pénale internationale intervienne, ceux qui sont liés à ces atrocités pourraient un jour répondre de leurs actes. »

Un conflit qui dure depuis plus d’une décennie

Depuis 2012, le Mali est en proie à une insurrection islamiste et à des violences intercommunautaires. Les gouvernements successifs ont échoué à rétablir la sécurité, aggravant la crise humanitaire. Plus de 350 000 personnes ont été déplacées, et des milliers de civils ont péri dans les violences.

La junte au pouvoir, arrivée par un coup d’État en 2021, a choisi de s’allier au groupe Wagner pour lutter contre les groupes armés. Pourtant, cette stratégie a conduit à une escalade des abus contre les populations civiles, notamment les Peuls, souvent stigmatisés et pris pour cible.

En conclusion, les exécutions sommaires et disparitions forcées de civils peuls au Mali constituent une violation flagrante du droit international humanitaire. La communauté internationale doit agir pour mettre fin à l’impunité et protéger les populations vulnérables.

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