Ce dimanche marque le cinquième anniversaire de la prise de pouvoir par le général Assimi Goïta au Mali. Depuis ce coup d’État, les observateurs notent une dégradation sensible des conditions de vie pour les Maliens, marquée par une insécurité persistante et un recul des libertés fondamentales, notamment celles de la presse et de l’expression.
L’analyse de la situation actuelle révèle un durcissement du régime. La parole libre se raréfie et la prudence est devenue la règle dans les échanges publics. Cette atmosphère de répression a conduit à l’incarcération de plusieurs opposants, tandis que d’autres ont choisi le chemin de l’exil pour échapper aux poursuites.
Un bilan sécuritaire en demi-teinte
Si au début de la transition militaire, une légère accalmie avait été observée dans certaines zones — permettant par exemple la réouverture de l’axe vers Ségou et le retour de paysans dans leurs champs — la dynamique s’est inversée. Le Mali fait face à une crise multidimensionnelle où l’insécurité s’ajoute à une forte croissance démographique et aux effets du changement climatique. Rétablir la paix durablement semble aujourd’hui un défi immense pour n’importe quel pouvoir en place.
L’objectif initial des militaires d’éradiquer la menace terroriste peine à se concrétiser. Des groupes tels que le Jnim et l’État islamique exercent un contrôle de fait sur de vastes portions du territoire. Fin avril, des offensives coordonnées menées par des djihadistes et des rebelles touaregs ont frappé les esprits, rappelant par leur ampleur les événements de 2012. Malgré la présence de forces russes, le gouvernement a essuyé un revers symbolique avec le retrait sans combat de localités stratégiques comme Kidal.
L’Alliance des États du Sahel à l’épreuve des faits
Face à ces attaques, la solidarité au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) a semblé limitée à la rhétorique politique. Le Niger et le Burkina Faso, eux-mêmes aux prises avec leurs propres défis sécuritaires, n’ont pu offrir qu’un soutien militaire symbolique. Ces trois nations, figurant parmi les plus pauvres au monde, luttent pour leur survie avec des moyens restreints, rendant difficile la mise en œuvre de projets de défense mutuelle d’envergure.
Quelle issue pour la crise malienne ?
Une lueur d’espoir réside dans le rejet massif par la population de l’idéologie extrémiste et de la charia. Cependant, la solution pourrait passer par un dialogue avec les franges les plus modérées des groupes armés locaux. Ces combattants, souvent motivés par des conflits d’accès aux ressources comme l’eau ou la terre, pourraient être intégrés dans un processus de négociation politique, à l’image de ce qui a pu être tenté en Mauritanie.
Malgré les difficultés économiques et les pénuries, notamment de carburant, le soutien à Assimi Goïta reste notable au sein d’une partie de la population, particulièrement chez les jeunes. Beaucoup rejettent les anciennes élites politiques perçues comme corrompues et trop liées aux puissances occidentales. Pour de nombreux Maliens, le maintien du gouvernement actuel apparaît comme un rempart contre le chaos djihadiste, expliquant l’absence de mouvements de contestation massive malgré un quotidien de plus en plus éprouvant.
L’avenir du pays repose désormais sur la capacité de l’État à restaurer sa présence sur le territoire et à offrir des perspectives à une jeunesse qui s’informe massivement via les réseaux sociaux, loin des circuits d’influence traditionnels.