Le Gabon réalise un bond significatif sur les marchés internationaux, dépassant largement ses attentes avec une levée de fonds de 920 millions de dollars. Cette opération, la plus importante depuis des années, illustre un retour progressif de la confiance des investisseurs, bien que le coût de l’emprunt reste élevé.
Un succès commercial qui dépasse les prévisions
Le gouvernement gabonais a réussi à mobiliser 920 millions de dollars, soit 22,7 % de plus que l’objectif initial de 750 millions. L’opération, finalisée le 30 juillet 2026, a été largement sursouscrite, avec une demande dépassant le milliard de dollars. Ce surplus a permis à Libreville de retenir un montant supérieur à ses attentes.
Le règlement est prévu pour le 5 août 2026. Les obligations émises arriveront à échéance en 2033, après une maturité de sept ans incluant trois années de grâce, période durant laquelle seul le paiement des intérêts est exigé.
Une progression notable par rapport à 2025
Cette levée marque une amélioration par rapport à l’opération de février 2025, où le Gabon avait emprunté 570 millions de dollars avec une maturité de quatre ans et un coupon de 9,5 %. En un an, le montant emprunté a progressé de 61,4 %, et la durée de remboursement s’est allongée.
Le coupon, légèrement revu à la baisse à 9,375 %, ne reflète pas à lui seul le coût réel de l’emprunt. En 2025, l’obligation avait été émise à sa valeur nominale, entraînant un rendement initial de 12,7 %. Les détails du prix d’émission et du rendement effectif de la nouvelle opération n’ont pas encore été communiqués.
Contrairement à 2025, cette levée ne prévoit pas de refinancement de dette existante. Les fonds serviront principalement à financer des projets publics et à régler des arriérés, une fois les frais de placement déduits.
Une comparaison défavorable avec le Cameroun
Le Cameroun, qui a également levé des fonds sur les marchés internationaux, a bénéficié de conditions plus avantageuses grâce à un mécanisme de swap dollar-euro, réduisant le coût effectif de l’emprunt à 7,79 %. À ce stade, le Gabon conserve un coupon plus élevé, bien que le rendement réel de son Eurobond n’ait pas encore été précisé.
Libreville met en avant l’ampleur des fonds mobilisés et l’allongement de la maturité comme des progrès majeurs, même si le coût de financement reste un défi.
Moody’s maintient une note dégradée
Quelques semaines avant cette émission, l’agence Moody’s a maintenu la note souveraine du Gabon à « Caa2 », tout en passant sa perspective de « stable » à « négative ». Cette décision s’explique par des besoins de financement importants, un accès limité aux ressources et un risque persistant de restructuration de la dette.
Le coupon de 9,375 % reflète ainsi la méfiance des investisseurs envers la signature gabonaise, malgré le succès commercial de l’opération.
Des fonds destinés aux investissements et aux arriérés
Le produit net de l’Eurobond sera principalement utilisé pour financer des projets d’investissement public et régler des arriérés commerciaux, principalement auprès d’institutions multilatérales. Cette levée reste en deçà du plafond autorisé par la loi de finances rectificative du 17 juillet, qui fixe une enveloppe maximale de 1,5 milliard de dollars.
Avec 920 millions de dollars levés, le Gabon a utilisé près de 61 % de cette capacité, laissant une marge théorique d’environ 580 millions. Aucune nouvelle émission n’est envisagée pour l’instant, bien que la loi prévoyait une maturité pouvant atteindre dix ans, contre sept ans obtenus.
Un signal en direction du FMI
Cette opération, préparée avec la publication d’un prospectus préliminaire le 27 juillet, est pilotée par le ministre des Finances Thierry Minko. Le gouvernement y voit une preuve de la confiance renouvelée des investisseurs dans les réformes en cours.
Cette dynamique pourrait être renforcée par la conclusion attendue d’un accord avec le Fonds monétaire international. Une mission du FMI est prévue à Libreville en septembre pour finaliser un programme économique avant la fin de 2026.
Malgré ce succès commercial, le Gabon doit composer avec une réalité persistante : l’accès aux marchés internationaux reste coûteux, reflétant une prime de risque toujours élevée.