Gabon : comment la recherche scientifique booste l’autonomie alimentaire

Gabon : comment la recherche scientifique booste l’autonomie alimentaire

Libreville — Une révolution silencieuse est en marche au Gabon. Portée par la science et les laboratoires, elle vise à transformer durablement le paysage économique national en réduisant la dépendance alimentaire du pays.

Dans un contexte où les importations de volailles et d’intrants agricoles pèsent lourdement sur les finances publiques, les autorités gabonaises misent sur l’innovation pour bâtir une souveraineté alimentaire concrète. Le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST) à Kougouleu incarne cette nouvelle stratégie, où les champs expérimentaux deviennent des laboratoires d’avenir.

Lors de sa visite récente sur le site, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et porte-parole du gouvernement, Charles Edgar Mombo, a souligné l’importance cruciale de cette transition. « La recherche n’est plus un luxe, mais un pilier central de notre développement économique », a-t-il déclaré, mettant en avant le lien direct entre science et souveraineté nationale.

L’enjeu est de taille : produire localement les matières premières essentielles à l’élevage avicole, principal secteur confronté à la concurrence étrangère. Maïs et soja, piliers de l’alimentation animale, représentent aujourd’hui un défi majeur. Leur importation massive expose le pays à des fluctuations de prix et à des risques de pénurie, fragilisant une filière stratégique pour la sécurité alimentaire.

Des variétés locales en test

Pour y remédier, les chercheurs du CENAREST mènent des expérimentations ambitieuses. Onze variétés de maïs sont actuellement testées pour identifier celles qui s’adaptent le mieux aux sols et au climat gabonais. Parallèlement, onze variétés de soja, issues d’une collaboration avec des centres de recherche du Malawi, font l’objet d’essais dans plusieurs provinces, dont la Nyanga. Ces programmes visent à sélectionner des semences capables de garantir des rendements optimaux, essentiels pour soutenir une industrie avicole en plein essor.

Cette approche marque un tournant. Longtemps cantonnée à des publications académiques, la recherche appliquée s’impose désormais comme un levier opérationnel. Les résultats obtenus à Kougouleu illustrent cette évolution : « Nous ne parlons plus seulement de théorie, mais de solutions concrètes pour nourrir le Gabon », confie un scientifique du centre.

Vers une filière avicole 100% gabonaise

La feuille de route gouvernementale est claire : réduire à néant la dépendance aux importations d’ici 2027. Pour y parvenir, la stratégie repose sur trois piliers : production locale d’intrants, modernisation des infrastructures agricoles et soutien aux producteurs. Une dynamique qui s’inscrit dans une tendance africaine plus large, où de nombreux pays cherchent à sécuriser leurs approvisionnements face aux crises mondiales.

Le Gabon dispose d’atouts majeurs pour réussir cette transition : des terres fertiles, une pluviométrie favorable et une volonté politique affirmée. Charles Edgar Mombo a salué les progrès accomplis, tout en insistant sur la nécessité d’accélérer les investissements. « Les laboratoires montrent la voie, mais il faut maintenant passer à l’échelle industrielle », a-t-il rappelé.

Les défis à relever

Malgré les avancées, des obstacles persistent. Les chercheurs pointent notamment le besoin d’étendre les surfaces expérimentales pour valider les résultats à grande échelle. Le passage de l’essai pilote à une production massive représente un cap délicat, exigeant des financements importants et une coordination renforcée entre acteurs publics et privés.

Les défis ne se limitent pas à la technique. La modernisation du secteur agricole nécessite des infrastructures adaptées, des mécanismes de crédit accessibles et une meilleure organisation des filières. Pourtant, pour la première fois depuis des décennies, le Gabon semble adopter une approche cohérente, liant recherche, agriculture et industrie.

Un modèle pour l’Afrique ?

La visite ministérielle à Kougouleu symbolise un changement de paradigme : l’autonomie alimentaire ne se décrète pas, elle se construit. Avec des laboratoires comme le CENAREST en première ligne, le Gabon pourrait bien devenir un exemple en Afrique centrale. D’ici 2027, si les objectifs sont atteints, le pays démontrera qu’une souveraineté alimentaire durable passe inévitablement par l’innovation scientifique et l’engagement des chercheurs.

Une révolution discrète, mais dont les retombées économiques et sociales pourraient redessiner l’avenir du Gabon.

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