Francophonie : les coulisses troubles de l’influence française sur l’élection du secrétaire général
L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s’apprête à désigner, lors de son assemblée générale prévue les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, son nouveau secrétaire général pour un mandat de quatre ans. Une élection qui, derrière les apparences protocolaires, révèle des enjeux géopolitiques majeurs.
Alors que la France affiche publiquement son soutien à la candidature de Juliana Amato Lumumba, ancienne ministre de la Culture et des Arts de la République démocratique du Congo (RDC), des informations concordantes confirment que Paris manœuvre en coulisses pour imposer une alternative : Dacian Ciolos, ex-premier ministre roumain.
Un double jeu diplomatique qui interroge. Comment expliquer cette stratégie ? Pourquoi écarter une candidate africaine légitime au profit d’un profil européen ? Les réponses se trouvent dans l’équilibre des forces au sein de l’espace francophone, où la France cherche à préserver son influence historique.
Une candidate africaine face à une stratégie française ambiguë
La RDC, avec ses 100 millions de locuteurs francophones, ses universités et ses médias francophones, constitue le cœur battant de la Francophonie. Juliana Lumumba incarne une candidature naturelle : expérimentée, non clivante et parfaitement alignée sur les valeurs de l’organisation.
Pourtant, Paris semble privilégier une approche différente. En soutenant discrètement Dacian Ciolos, la France mise sur un profil neutre, capable de fédérer sans froisser les sensibilités locales. Une stratégie qui, si elle réussit, permettrait à la France de maintenir son emprise sur les décisions stratégiques de l’OIF.
Le Rwanda, un précédent qui soulève des questions
La Rwandaise Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale, a occupé le poste pendant deux mandats. Or, le Rwanda, bien que francophone, a longtemps affiché une distance idéologique avec la langue française, privilégiant l’anglais comme langue administrative et éducative.
Cette situation interroge : pourquoi la France n’a-t-elle pas bloqué sa candidature dès 2018 ? La réponse réside peut-être dans la volonté de Paris de conserver une certaine flexibilité, quitte à sacrifier les intérêts à long terme des pays africains francophones.
La RDC doit-elle réagir ?
Avec ses 90 États membres, l’OIF n’est pas une simple structure protocolaire. Son secrétaire général influence, même indirectement, l’équilibre diplomatique entre les nations francophones d’Afrique, d’Europe et d’Amérique. Une position stratégique que la RDC, en tant que premier pays francophone du monde, ne peut ignorer.
Si la France persiste dans son choix de contourner la candidature de Juliana Lumumba, Kinshasa pourrait être amené à reconsidérer sa relation avec Paris. Une réaction forte serait-elle nécessaire ? La question mérite d’être posée, surtout si l’on considère que la RDC a tout pour prétendre légitimement à cette fonction.

La Francophonie n’est pas qu’un forum culturel : c’est un levier d’influence géopolitique. En choisissant de soutenir une candidature européenne plutôt qu’africaine, la France envoie un signal clair. Reste à savoir si les pays africains francophones, et notamment la RDC, accepteront cette réalité sans réagir.

