Gabon : cinq mois de coupure des réseaux sociaux, une mesure aux effets dévastateurs

Le 17 juillet 2026 marque un tournant dans l’histoire numérique du Gabon : cinq mois exactement que les réseaux sociaux sont inaccessibles sans recours à un VPN. Depuis l’annonce officielle de la Haute Autorité de la Communication (HAC) publiée le 17 février, les plateformes en ligne restent bloquées « jusqu’à nouvel ordre ». Une décision présentée initialement comme une réponse aux discours de haine, à la désinformation et aux menaces contre la stabilité nationale, mais qui, avec le temps, s’apparente de plus en plus à une mesure permanente. L’absence de communication claire de la part des autorités sur les conditions d’un éventuel rétablissement alimente les spéculations et plonge la population gabonaise dans une incertitude persistante.

Une économie numérique à l’arrêt

Derrière cette coupure prolongée se cache un véritable coup dur pour l’économie gabonaise. Les médias en ligne, les créateurs de contenus, les commerçants du e-commerce, les agences de communication et les petites entreprises avaient fait des réseaux sociaux leur principale vitrine commerciale. Dans un contexte économique déjà fragile, marqué par un chômage structurel et des difficultés persistantes, cette suspension prive des milliers de Gabonais d’une source de revenus essentielle. Ironie du sort, même les institutions publiques et les représentations diplomatiques, qui avaient massivement investi ces plateformes pour dialoguer avec les citoyens, se retrouvent aujourd’hui privées de cet outil devenu indispensable.

L’État de droit en question

L’argument d’un manque de cadre juridique pour justifier cette coupure semble de moins en moins convaincant. En cinq mois, le gouvernement a renforcé le dispositif légal avec deux ordonnances : l’une étendant les prérogatives de la HAC, l’autre encadrant spécifiquement l’usage des réseaux sociaux. Ces textes, adoptés et validés par le Parlement, offrent désormais les moyens de sanctionner les abus sans pour autant priver l’ensemble de la population de l’accès aux plateformes. Pourtant, l’absence de calendrier précis pour un retour à la normale transforme cette mesure en une restriction durable, alimentant les critiques sur son caractère disproportionné.

Dans les sphères diplomatiques, des inquiétudes grandissent quant au recul des libertés publiques. À l’Assemblée nationale, des élus comme Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ont dénoncé publiquement cette suspension. Dans la rue, de nombreux citoyens hésitent à s’exprimer sur des sujets d’intérêt général, par crainte de représailles. Ce climat de méfiance interroge les fondements mêmes de l’État de droit. Réguler l’espace numérique est une nécessité, mais le maintenir sous cloche sans perspective de sortie menace les principes démocratiques. Une démocratie se construit sur des règles transparentes, des institutions solides et des libertés garanties.

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