Fin du tandem Diomaye-Sonko au Sénégal : les étudiants entre choc et désillusion

L’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale au Sénégal marque un tournant historique pour le pays. Quelques heures avant la publication officielle de la liste des ministres, Ousmane Sonko, leader de Pastef-Les Patriotes, avait déjà clarifié sa position : aucun cadre de sa formation politique ne siégerait dans ce nouvel exécutif.

Ce geste vient confirmer de manière éclatante la rupture politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien bras droit. Ce divorce, désormais consommé, met fin à une collaboration qui semblait pourtant indéfectible aux yeux de l’opinion publique lors de leur accession au pouvoir.

Au sein de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), cette séparation provoque une véritable onde de choc. De nombreux étudiants, qui voyaient en ce duo le moteur du renouveau national, peinent aujourd’hui à masquer leur amertume face à cette nouvelle donne politique.

Une immense déception chez les jeunes partisans

Installé sous les arbres de la Faculté des Lettres pour ses révisions, Amath Segnane exprime un sentiment de trahison partagé par beaucoup. Pour cet électeur de la première heure, l’alliance entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko représentait un bloc monolithique porteur d’espoir.

« On nous a présenté Diomaye et Sonko comme une seule et même entité. On nous a assuré qu’ils avançaient en parfaite harmonie pour reconstruire le Sénégal. Voir ce projet s’effondrer aujourd’hui est une véritable désillusion », confie l’étudiant avec regret. Pour lui, cette fracture brise l’image d’unité absolue qui avait pourtant porté le mouvement vers les sommets de l’État.

Dakar 2024 | Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye

Une fin de collaboration jugée inévitable par certains

À la Faculté des Sciences économiques et de Gestion, Mamadou Bah porte un regard plus pragmatique sur les événements. Pour lui, les signes de tension étaient perceptibles depuis un certain temps.

Mamadou estime que l’ancien Premier ministre avait tendance à outrepasser ses prérogatives. « On a observé que l’ex-chef du gouvernement ne respectait plus la hiérarchie institutionnelle. En se plaçant au-dessus du président de la République, il rendait la situation intenable. Son éviction et ce divorce ne me surprennent pas ; je soutiens la décision du chef de l’État de reprendre le contrôle total de l’exécutif », affirme l’étudiant.

Université Cheick Anta Diop de Dakar

Doutes et interrogations sur le futur politique

Malgré l’évidence de la rupture, certains partisans refusent d’accepter cette séparation comme définitive. C’est le cas d’Omar Sarr, étudiant au département d’arabe, qui espère encore un rapprochement entre les deux anciens compagnons de lutte.

Il rappelle le lien historique fusionnel entre les deux leaders : « C’est grâce au combat d’Ousmane Sonko que Bassirou Diomaye Faye a pu émerger. Ils ont franchi toutes les étapes ensemble jusqu’à la victoire présidentielle. Aujourd’hui, nous sommes partagés entre les deux. Personnellement, je refuse de croire à un divorce irréversible », admet-il.

Désormais, le paysage politique sénégalais entre dans une phase inédite. Le président Bassirou Diomaye Faye gouverne sans l’appui de son parti d’origine, tandis qu’Ousmane Sonko, désormais à la tête de l’Assemblée nationale, rejoint les rangs de l’opposition. Ce nouveau rapport de force continue de nourrir les débats et l’incertitude au sein de la société sénégalaise.

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