Détente entre le Niger et la Cédéao : quelles perspectives ?

Un refroidissement diplomatique persistant

Il y a trois ans, le Niger vivait un tournant politique majeur avec le renversement de Mohamed Bazoum. Depuis, les relations entre Niamey et la Cédéao restent tendues. L’organisation sous-régionale avait alors imposé des sanctions et brandi la menace d’une intervention militaire, une décision perçue comme une déclaration de guerre par le Mali et le Burkina Faso. Ces trois pays, tous dirigés par des juntes militaires, ont ensuite scellé leur rapprochement en créant l’Alliance des États du Sahel, officialisant leur retrait de la Cédéao en janvier 2025.

Pourtant, malgré cette rupture officielle, des échanges persistent entre les deux blocs. Une lueur d’espoir émerge avec la désignation de l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme médiateur principal par la Cédéao. Selon Pape Ibrahima Kane, spécialiste des relations internationales, cette initiative marque le début d’un processus diplomatique prometteur, où les deux parties semblent enfin alignées sur les enjeux prioritaires, notamment la sécurité régionale.

Lansana Kouyaté, un pont entre deux mondes

Lors de la dernière réunion de la Cédéao à Freetown, l’organisation a confié à son nouveau président de la Commission, Birame Diop (Sénégal), la mission de relancer le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel. « Les discussions pourraient rapidement porter sur les défis sécuritaires qui menacent la région », confie Pape Ibrahima Kane. Une avancée significative, d’autant que les spécificités du Niger — dépendant du Nigeria et du Bénin pour son approvisionnement en électricité et son accès aux ports — seront prises en compte dans les négociations.

Le médiateur devra également composer avec les attentes de l’Alliance des États du Sahel, qui rejette toute ingérence extérieure. Une tâche complexe, mais pas insurmontable, selon les observateurs.

Des acteurs régionaux pour relancer le dialogue

L’arrivée de nouveaux dirigeants pourrait faciliter la détente. Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal et actuel président en exercice de la Cédéao, s’est déjà rendu dans les pays de l’Alliance des États du Sahel peu après son élection. Romuald Wadagni, président du Bénin, a choisi de débuter sa tournée régionale par le Niger, marquant ainsi une volonté de rapprochement.

Pour Pape Ibrahima Kane, ces nouveaux visages offrent une opportunité unique : « Ils ne sont pas entachés par les critiques adressées à leurs prédécesseurs. L’équipe dirigeante de la Cédéao à Abuja va mettre en place un programme moins idéologique, plus pragmatique ». Une approche qui pourrait séduire les autorités de Niamey.

Le casse-tête de Mohamed Bazoum

Sahanine Mahamadou, conseiller spécial de l’ancien président Mohamed Bazoum, rappelle que la Cédéao a toujours privilégié le dialogue. « Ce sont les militaires qui ont rejeté toute ouverture. Si ces derniers sont vraiment des patriotes, ils doivent envisager un retour à l’ordre constitutionnel », affirme-t-il. Une position qui s’inscrit dans la continuité des appels internationaux à la libération de Mohamed Bazoum et de son épouse, détenus depuis le coup d’État.

En mars 2024, une résolution du Parlement européen a condamné leur détention, un texte vivement contesté par Niamey, qui y voit une ingérence inacceptable. Malgré les tensions, l’Union européenne tente de maintenir un dialogue avec le Niger, tout en affrontant un dilemme : comment concilier ses principes démocratiques avec les réalités géopolitiques ?

Jérôme Pigné, expert en sécurité au Sahel, résume la situation : « La détention de Mohamed Bazoum est un obstacle majeur, mais l’Europe doit clarifier sa stratégie. Veut-elle sacrifier ses valeurs pour des intérêts immédiats ? » Une question sans réponse simple, alors que le Niger reste un partenaire historique de l’UE.

Selon une étude récente de la Fondation allemande pour l’économie et la politique, l’Europe pourrait soutenir les juntes militaires en échange d’un engagement sur la stabilité. Propositions : renforcement de la coopération sécuritaire, partage de renseignements, formation des forces locales, et investissements économiques. L’objectif ? Éviter une crise humanitaire tout en maintenant un dialogue politique avec les acteurs locaux.

Pour l’UE, l’enjeu est double : préserver ses relations avec le Niger sans renier ses principes, et éviter que la région ne sombre davantage dans l’instabilité.

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