Bénin : la tentative de coup d’État contre Patrice Talon rapidement maîtrisée

Une mutinerie militaire avortée à Cotonou

Le Bénin a connu une journée de grande tension ce dimanche 7 décembre, marquée par une tentative de renversement du président Patrice Talon. Vers l’aube, un groupe de militaires mutinés a brièvement occupé les locaux de la télévision publique SRTB à Cotonou, déclarant avoir écarté le chef de l’État. Rapidement, les forces loyales ont repris le contrôle des lieux stratégiques, tandis que le président était mis à l’abri. Des hélicoptères et des patrouilles ont quadrillé la capitale économique pour sécuriser la situation.

Cette tentative de putsch, la première au Bénin depuis 1972, a rappelé les heures sombres du coup d’État mené par Mathieu Kérékou. Les mutins, soutenus par des éléments extérieurs, avaient d’abord ciblé la résidence privée du président dans le quartier Guézo, avant d’être repoussés par les forces de sécurité.

Patrice Talon dénonce une trahison et promet des sanctions

Dans une allocution diffusée en soirée, le président Patrice Talon a qualifié les événements de « gravité extrême » et assuré que « cette trahison ne restera pas impunie ». Il a également évoqué des militaires encore détenus par les assaillants en fuite et appelé à une protection renforcée des citoyens. Tragiquement, l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire du président, a été tuée lors de l’assaut contre leur domicile à Abomey-Calavi. Sa fille a également été blessée.

Les autorités béninoises rétablissent l’ordre

Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a confirmé qu’un « groupuscule de soldats » avait tenté de déstabiliser l’État. Grâce à la réaction des Forces armées béninoises, fidèles à leur serment républicain, la situation a été maîtrisée. Le gouvernement a invité la population à reprendre ses activités normales. Le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a précisé que seule une minorité de militaires était impliquée, la majorité des troupes restant loyales au président.

Selon les sources sécuritaires, au moins une douzaine de militaires, dont les auteurs présumés de la tentative de putsch, ont été arrêtés. Parmi eux figure un ancien membre des Forces armées béninoises, radié des effectifs.

Des revendications contestées et une réponse militaire immédiate

Les mutins, menés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ont déclaré avoir créé un « Comité militaire pour la refondation » et suspendu la Constitution. Ils ont accusé le pouvoir en place de privation des droits électoraux, de lois répressives et d’arrestations arbitraires. Leur message, diffusé sur la télévision nationale, a rapidement été contredit par les forces loyalistes.

Dès les premières heures, des échanges de tirs intenses ont éclaté autour du palais présidentiel et du port de Cotonou. La garde républicaine a lancé une contre-offensive pour reprendre les positions clés, avec le soutien d’hélicoptères et de patrouilles. Le gouvernement béninois a sollicité l’aide de l’armée nigériane, qui a déployé avions de chasse et troupes au sol pour sécuriser la SRTB et un camp militaire occupé par les mutins.

Inquiétude et désinformation dans un contexte tendu

Pendant plusieurs heures, un brouillard informationnel a régné sur la capitale. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, Facebook et WhatsApp, ont relayé des rumeurs avant que les autorités ne communiquent officiellement. Les habitants de Cotonou ont exprimé leur inquiétude face à l’incertitude et craint des répliques violentes.

Cette tentative de putsch a pris de court un pays longtemps considéré comme un modèle de stabilité en Afrique de l’Ouest. Elle intervient peu après des coups d’État en Guinée-Bissau, à Madagascar, ainsi qu’au Niger, au Burkina Faso, au Mali et en Guinée, illustrant une montée des tensions dans la région.

Condamnations régionales et déploiement de troupes

L’Union africaine (UA) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont fermement condamné la tentative de putsch. L’UA a exigé le retour immédiat des militaires impliqués dans leurs casernes, tandis que la CEDEAO a annoncé le déploiement d’une force régionale composée de contingents du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir les autorités béninoises et préserver l’ordre constitutionnel.

Présidentielle de 2026 : un contexte politique sous haute tension

À quelques mois de la fin de son mandat, prévu pour avril 2026, le président Patrice Talon fait face à un contexte sécuritaire et politique complexe. Le nord du Bénin est en proie à des attaques djihadistes, avec la mort de 54 soldats en avril dernier. Sur le plan politique, le président, au pouvoir depuis 2016, quitte la scène comme prévu par la Constitution, mais son parti, le Bloc républicain (BR), a déjà désigné son successeur : le ministre des Finances Romuald Wadagni.

La récente révision constitutionnelle, créant un Sénat et prolongeant les mandats présidentiel et législatif à sept ans, a suscité de vifs débats. Cette réforme, couplée à l’élimination du candidat de l’opposition, cristallise les tensions et alimente les critiques contre le pouvoir en place.

Les motivations des mutins pourraient révéler des fractures profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois, alors que le pays s’apprête à organiser un scrutin historique.

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