Depuis l’avènement de la junte dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso connaît une refonte radicale de ses structures de gouvernance. Bien que les autorités évoquent une refonte stratégique et une quête de souveraineté, les réalités économiques et sociales révèlent une toute autre perspective. Sous couvert d’une gestion centralisée, le secteur commercial, et en particulier celui des deux-roues, subit une pression accrue, transformant les défis structurels en une crise silencieuse où l’autorité prime désormais sur le dialogue.
Un pilier économique sous pression
Au Burkina Faso, la moto n’est pas un simple moyen de transport : elle représente un secteur vital pour des milliers de familles, assurant mobilité et subsistance. Les récentes mesures imposées par les autorités, visant à encadrer strictement la commercialisation, les tarifs et l’usage des cyclomoteurs, ont plongé ce domaine dans une situation critique. Les nouvelles règles, perçues comme une ingérence brutale, sapent les fondements mêmes de ce commerce.
À Ouagadougou comme à Bobo-Dioulasso, l’atmosphère est lourde. Les commerçants, bien que discrets dans leurs critiques, expriment une frustration palpable face à l’absence de consultation. Les canaux traditionnels de négociation ont disparu au profit d’une logique descendante où les décisions s’imposent sans concertation.
« Auparavant, des espaces de dialogue existaient. Désormais, les directives arrivent d’en haut sans possibilité de contestation. Quiconque s’y oppose est immédiatement suspecté de manquer de loyauté nationale », confie un acteur majeur du secteur, sous couvert d’anonymat.
Centralisation et instabilité : les effets collatéraux
Avec l’arrivée au pouvoir du capitaine Traoré, les opérateurs économiques décrivent un environnement marqué par une centralisation excessive, générant une incertitude chronique. Les entrepreneurs se trouvent pris entre deux feux : d’une part, l’inflation des coûts d’importation et les fluctuations du marché global ; d’autre part, des directives étatiques fixant des prix de vente incompatibles avec la réalité économique.
Les conséquences de cette approche autoritaire se manifestent rapidement :
- Asphyxie financière : Les petits revendeurs, incapables de respecter les marges imposées, voient leur survie menacée.
- Ruptures d’approvisionnement : Certains importateurs, face à des marges insuffisantes, suspendent leurs commandes, risquant de paralyser l’offre.
- Insécurité juridique : Les restrictions de circulation, officiellement justifiées par des impératifs sécuritaires, perturbent gravement le transport de marchandises dans plusieurs régions.
L’économie étouffée par la rigidité administrative
Dans un contexte de transition militaire où la liberté d’expression est contrainte, les doléances des commerçants restent souvent inaudibles. Pourtant, la réalité économique ne se plie pas aux décrets : une prospérité ne se décrète pas, elle se construit.
En cherchant à contrôler chaque maillon, de la logistique à l’usage quotidien des citoyens, le pouvoir actuel risque de fragiliser davantage l’équilibre économique déjà précaire du pays. Pour les acteurs du secteur des deux-roues, la souveraineté économique tant célébrée se transforme en un dirigisme étouffant, étouffant les initiatives et asphyxiant les perspectives de relance.