La justice mauritanienne a tranché définitivement sur le sort de l’ancien président Mohamed ould Abdel Aziz. La Cour suprême a rendu une décision qui modifie partiellement le jugement de la Cour d’appel de Nouakchott, tout en maintenant les accusations principales d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. En revanche, les chefs d’accusation pour abus de pouvoir et trafic d’influence ont été écartés par la plus haute juridiction du pays.
Cette conclusion de la procédure judiciaire pourrait ouvrir un nouveau chapitre, celui d’une possible grâce présidentielle. Des mécanismes propres à la société mauritanienne, et potentiellement l’intervention de pays amis de la Mauritanie, pourraient jouer un rôle dans cette éventualité. La relation personnelle entre l’ancien et l’actuel chef de l’État, Mohamed Cheikh Ghazouani, tous deux officiers généraux à la retraite formés au Maroc et amis de longue date, pourrait également peser dans la balance.
Du côté de l’État, constitué partie civile, Maître Lô Gourmo, membre du collectif d’avocats, analyse ce verdict. Il souligne que si la Cour suprême a effectivement cassé une partie de l’arrêt d’appel en annulant deux charges, elle a cependant validé les piliers du dossier. Selon lui, les accusations confirmées, à savoir l’enrichissement illicite, le blanchiment et le recel, sont celles qui justifient la peine de prison ferme initialement prononcée.
L’avocat précise que la confirmation des charges d’abus de pouvoir et de trafic d’influence aurait soulevé la question de l’application de l’article 93 de la Constitution, une compétence de la Haute Cour de Justice qui avait déjà été écartée par le Conseil Constitutionnel.
Pour la société civile, la perception est différente. Mohamed Mahmoud Tolba, de l’organisation Mauritanie Transparency, exprime un sentiment mitigé. Il rappelle que son organisation espérait un procès d’une plus grande envergure, qui aurait inclus l’ensemble des responsables suspectés de détournement de fonds publics. « Il y a beaucoup de responsables impliqués dans ces pratiques de gouvernance, mais on retient seulement le cas de Aziz », déplore-t-il, tout en espérant que ce procès, malgré ses limites, marque le début d’une nouvelle ère pour la gouvernance en Mauritanie.