Après plus d’un an et demi d’efforts soutenus, la banque nigériane United Bank for Africa (UBA), dirigée par le milliardaire Tony Elumelu, s’apprête à franchir une étape historique. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), régulateur bancaire français, devrait prochainement lui attribuer une licence bancaire de plein exercice. Une victoire symbolique qui marque l’aboutissement d’une stratégie diplomatique et financière entre la France et le Nigeria, deux nations aux liens économiques de plus en plus renforcés.
Ce projet, initié lors d’un accord cadre signé à Paris, a nécessité une mobilisation sans précédent des deux gouvernements. En coulisses, les négociations ont été menées tambour battant, notamment lors du sommet Africa Forward à Nairobi, où les représentants des deux pays ont réaffirmé leur engagement. Dans les échanges, le ministre français délégué au Commerce extérieur, Nicolas Forissier, et le directeur parisien d’UBA, René-Laurent Alciator, ont souligné l’urgence de finaliser ce dossier pour dynamiser les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique francophone.
Un parcours semé d’exigences réglementaires
Le chemin vers l’agrément bancaire en France n’a pas été un long fleuve tranquille. Entre les exigences strictes de l’ACPR et les ambitions régionales d’UBA, les discussions ont parfois frôlé l’impasse. Pourtant, un travail de fond a permis de concilier les normes européennes avec les objectifs du groupe nigérian. Un acteur proche des négociations résume la situation : « Ce n’était plus une question de volonté, mais de synchronisation des calendriers. Les deux parties ont dû ajuster leurs contraintes pour faire avancer le projet. »*
Dès 2009, UBA avait posé son premier jalon en France avec l’ouverture d’un bureau de représentation. Aujourd’hui, en obtenant le statut de banque commerciale, elle s’inscrit dans la lignée de deux autres géants nigérians déjà implantés : Access Bank (depuis 2023) et Zenith Bank (depuis septembre 2024). Cette dernière, dirigée par Rabah Rahmani, un ancien de la Société Générale, avait marqué les esprits lors de son inauguration au Ritz à Paris, en présence de personnalités politiques majeures.
Un calendrier politique bien ficelé
L’obtention de cette licence ne relève pas du hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large, où les enjeux économiques croisent les dynamiques diplomatiques. Tony Elumelu, à la tête d’Heirs Holdings, un conglomérat diversifié (énergie, hôtellerie, finance), prépare une transition majeure au sein de son empire : le 21 août, il cédera la présidence du conseil d’administration d’UBA à Emmanuel Nnorom. Une passation qui coïncide avec la visite d’État d’Emmanuel Macron au Nigeria, prévue les 29 et 30 octobre. Une occasion idéale pour officialiser l’ouverture de la succursale parisienne, renforçant ainsi le rôle de UBA comme pont financier entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.
Par ailleurs, Tony Elumelu a été nommé à la tête de l’Africa France Impact Coalition, une initiative visant à booster les partenariats entre les entreprises africaines et françaises. Une nomination qui illustre l’ambition commune des deux pays de renforcer leurs échanges économiques, notamment dans les secteurs clés comme l’énergie et les infrastructures.
Cette licence bancaire parisienne s’ajoute à une série de succès récents pour UBA et son holding. Son bras financier, United Capital, a récemment étendu ses activités en Éthiopie et au Rwanda, confirmant la volonté du groupe de s’imposer comme un acteur incontournable sur le continent africain. En s’installant au cœur de la zone euro, UBA ne se contente pas d’élargir son portefeuille : elle crée une véritable plateforme pour faciliter les flux financiers entre les entreprises françaises et les marchés ouest-africains, tout en offrant aux groupes africains une porte d’entrée vers l’Europe.
Une ambition qui dépasse les frontières
Pour Tony Elumelu, cette étape n’est qu’un chapitre d’une stratégie globale. Heirs Holdings continue de diversifier ses investissements, avec des projets ambitieux dans l’énergie et les services haut de gamme. L’obtention de la licence bancaire française marque donc un jalon supplémentaire dans la construction d’un écosystème financier panafricain, capable de rivaliser avec les plus grands acteurs mondiaux.
Avec cette nouvelle licence, UBA s’impose comme un acteur clé du rapprochement entre Paris et Lagos, prouvant que les partenariats économiques peuvent transcender les frontières et les réglementations. Une réussite qui, à n’en pas douter, inspirera d’autres institutions africaines à suivre la même voie.