Le 23 septembre 2026, une audience ministérielle tenue à Yaoundé a suffi à faire basculer un dossier longtemps resté en suspens : celui d’une liaison aérienne directe entre le Cameroun et la Libye. Le projet ne se raconte plus au conditionnel, il entre dans une phase opérationnelle.
Ce jour-là, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehè, ministre camerounais en charge des Transports, a reçu une délégation libyenne conduite par Adel Shawi, chargé d’affaires de l’ambassade de Libye au Cameroun. Au centre des échanges : la possibilité d’ouvrir une ligne aérienne entre les deux pays. Un tête-à-tête qui sonne comme une rupture, tant l’hypothèse d’un tel axe semblait jusqu’ici lointaine.
Yaoundé valide d’abord la méthode, ensuite le projet
L’initiative a été accueillie avec intérêt du côté camerounais, mais assortie d’une exigence de fond : que les discussions s’appuient sur des groupes de travail réunissant l’ensemble des responsables concernés. Objectif affiché, examiner de manière approfondie les problématiques liées à une éventuelle réactivation de cette coopération aérienne.
Yaoundé se dit par ailleurs disponible pour accompagner les initiatives susceptibles de consolider les liaisons entre la capitale camerounaise et Tripoli. L’ambition dépasse le seul trafic de passagers, puisque le rapprochement est également présenté comme un levier de coopération économique et logistique entre les deux pays.
Des groupes de travail pour transformer l’essai
Les deux parties ne veulent pas en rester aux déclarations d’intention. Elles envisagent d’intensifier les éventuels préalables et de dégager des pistes concrètes en vue de la mise en œuvre du projet. Dans cette logique, plusieurs chantiers ont été identifiés :
- associer tous les responsables concernés par le dossier au sein de groupes de travail dédiés ;
- passer au crible les préalables liés à l’éventuelle réactivation de la coopération aérienne ;
- dégager des pistes concrètes pour la mise en œuvre effective du projet.
Le calendrier libyen s’accélère
Le contexte n’est pas anodin. Le 17 septembre 2026, la compagnie libyenne MesSky a effectué son premier vol direct reliant Tripoli à Paris, une desserte également prévue depuis Benghazi. Ce redéploiement intervient alors que la Libye rouvre progressivement son espace aérien et cherche à reconnecter son pays aux grands axes internationaux.
Un ciel libyen encore exposé aux risques sécuritaires
Cette dynamique reste toutefois fragile. Les risques sécuritaires continuent de peser lourdement sur le transport aérien libyen, ce qui invite à la prudence sur la portée réelle de cette réouverture. Pour Yaoundé, l’enjeu consiste donc à mesurer précisément ce que l’offre de Tripoli peut apporter, sans hypothéquer la sécurité ni la crédibilité de son propre secteur aérien.
Ce que la ligne Yaoundé-Tripoli peut réellement changer
Au-delà de la connexion entre les deux capitales, c’est la question des retombées qui structure le débat : désenclavement de nouvelles routes vers l’Afrique du Nord et au-delà, perspectives pour les voyageurs d’affaires, opportunités logistiques pour les opérateurs camerounais et diversification des partenariats du pays dans le ciel africain.
Reste à savoir à quelle vitesse l’élan né le 23 septembre 2026 se traduira en actes. La mise en place de groupes de travail constitue la première étape d’un processus qui devra encore franchir les obstacles techniques, réglementaires et sécuritaires avant qu’un avion ne relie effectivement Tripoli à Yaoundé.