Le lundi 18 mai au petit matin, une opération aérienne menée par les Forces armées maliennes (FAMa) a viré au drame dans le secteur minier d’Intahaka, non loin de Gao. Un drone de combat a pris pour cible un véhicule appartenant au Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA). Pourtant, ce mouvement armé est un partenaire historique des autorités de Bamako dans la lutte contre l’insécurité dans le nord du pays.
Ce bombardement a pulvérisé un pick-up de la milice loyaliste, entraînant la mort de plusieurs combattants et faisant de nombreux blessés graves. Si les premières communications ont tenté de présenter cette frappe comme une neutralisation de terroristes, l’évidence d’une bavure s’est rapidement imposée. Cet incident sanglant révèle des carences criantes en matière de coordination tactique, alors même que l’armée opère avec le soutien technique de l’Africa Corps.
L’échec de la stratégie du tout-drone
Depuis plusieurs mois, le régime dirigé par le colonel Assimi Goïta mise massivement sur les technologies aériennes pour reprendre l’avantage sur le terrain. Cependant, l’efficacité de cette approche est de plus en plus contestée. Loin de stabiliser la région, l’usage des drones multiplie les erreurs de ciblage, frappant indifféremment des civils ou, comme à Intahaka, des forces alliées. Cette situation contraste avec les enjeux de la politique Niger et du Mali au sein de l’espace sahélien, où la précision militaire est cruciale.
Pendant que les vecteurs aériens de Bamako commettent des méprises fatales, les groupes insurgés renforcent leur emprise. Le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du JNIM coordonnent désormais des offensives d’envergure, mettant en déroute les forces gouvernementales dans plusieurs zones stratégiques. Ces groupes utilisent désormais leurs propres technologies, incluant des drones kamikazes, rendant la guerre asymétrique de plus en plus complexe.
Intahaka : un poumon économique sous les bombes
Le site d’Intahaka n’a pas été frappé par hasard. Il s’agit de la plus importante mine d’or artisanale de la région de Gao, un centre névralgique pour l’économie Niger–Mali transfrontalière et locale. Le contrôle de cette ressource est au cœur des tensions entre l’État, les milices et les réseaux de trafic.
Pour la société nigérienne et malienne vivant de l’orpaillage, l’insécurité permanente est une catastrophe. Les combats incessants et les frappes imprévisibles paralysent les activités économiques. « Nous vivons dans la peur constante. Entre les routes bloquées et les menaces venant du ciel, notre survie est menacée », témoigne un habitant de la zone. L’augmentation vertigineuse des prix des denrées de base à Gao accentue cette détresse humanitaire.
Une impasse stratégique pour Bamako
Cette bavure contre le GATIA est le reflet d’une crise plus profonde. En privilégiant une réponse purement militaire et en s’éloignant des accords de paix, le pouvoir malien se fragilise. En perdant le soutien de ses alliés de terrain, Bamako risque de s’isoler davantage alors que le contrôle du centre et du nord du pays lui échappe progressivement. Dans ce contexte de tension, suivre l’actualité Niger et Mali permet de comprendre l’instabilité croissante qui menace l’ensemble de la sous-région.