Aisha, Juliana et Hauwa partagent des expériences douloureuses, souvent passées sous silence. Leurs histoires, rarement entendues malgré les enlèvements de masse qui font la une des médias internationaux, sont au cœur d’un reportage approfondi. Ces femmes, rendues invisibles par le traumatisme, offrent un aperçu essentiel de la vie sous l’emprise de Boko Haram au Nigeria.

En avril 2014, un samedi soir, Aisha préparait le plat préféré de ses enfants lorsque les insurgés de Boko Haram ont attaqué son village de Gamboru Ngala, situé dans l’État du Bornou, dans le nord-est du Nigeria. La violence fut immédiate et brutale.

Elle n’eut aucune chance de fuir l’assaut. Son frère fut abattu devant ses yeux, et Aisha, comme de nombreuses autres habitantes de Gamboru Ngala, fut emprisonnée. Elle fut d’abord internée dans un camp surpeuplé de captives, avant d’être emmenée dans une tente isolée. « Un homme de grande taille, barbu, entra. Il déclara être le commandant de Boko Haram et qu’elle serait dorénavant son épouse. ‘Chaque nuit, ils venaient me chercher et il me violait’, se remémore Aisha », révèle le reportage.

Le fardeau d’être une « femme de Boko Haram »

Après deux années d’un calvaire marqué par de multiples mariages forcés, des viols et trois grossesses non désirées, Aisha réussit à s’échapper lors d’une offensive de l’armée nigériane.

Juliana, de son côté, a également réussi à s’évader deux ans après son enlèvement, grâce à l’aide discrète d’une femme plus âgée. Elle n’avait que 15 ans quand elle fut capturée avec sa mère par Boko Haram dans l’État d’Adamawa, également situé dans le nord-est du Nigeria.

“Avant sa capture, elle aspirait à achever ses études secondaires et à intégrer l’université afin de devenir ingénieure informatique.”

Hauwa a enduré la plus longue période de captivité, passant une décennie entière entre les mains des insurgés. Elle fut mariée à trois reprises et donna naissance à quatre enfants. À son retour, elle se sentit non seulement « souillée » mais surtout profondément « stigmatisée », souvent désignée comme une « femme de Boko Haram ». Ses enfants, eux, sont traités en « parias » et privés de la liberté de côtoyer d’autres enfants au sein de la société nigérienne.

Un autre aspect crucial de ce reportage met en lumière la discrimination subie par ces femmes et suit des initiatives locales visant à faciliter leur réinsertion. Libérées de leurs agresseurs, elles se retrouvent souvent rejetées par leurs propres communautés.

Le document explore également comment la justice transitionnelle pourrait jouer un rôle essentiel. Elle ne servirait pas seulement à combattre l’impunité des violences faites aux femmes, mais aussi à réparer les conséquences durables des violences sexistes subies durant le conflit. C’est un levier indispensable pour aider ces femmes, dont les besoins sont immenses, à surmonter leurs nombreux traumatismes.

« On me félicite d’être libre, mais une partie de mon cœur est toujours captive dans cette forêt. Je suis hantée par le souvenir des femmes que nous avons laissées derrière nous », confie Juliana, soulignant la persistance du traumatisme.