Tchad : gouvernance et religion, une alliance contre nature ?

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Tchad : gouvernance et religion, une alliance contre nature ?

Quand les discours divins deviennent le bouclier d’une gestion publique défaillante, où se situe la frontière entre foi et responsabilité politique ?

Tchad : gouvernance et religion, une alliance contre nature ?

Les déclarations récentes du président tchadien, attribuant à Allah les dysfonctionnements de l’État et brandissant la piété comme outil de contrôle des citoyens, soulèvent une question fondamentale : la religion peut-elle servir de justification à une gouvernance défaillante ? Entre les promesses de transparence divine et la réalité d’un pouvoir aux abois, la dissonance est flagrante. Pour des millions de Tchadiens, la foi est une boussole, mais quand elle est détournée pour masquer des manquements criants, elle devient une insulte à l’intelligence collective.

Au Tchad, la spiritualité est un rempart contre les épreuves. Pourtant, lorsqu’elle est instrumentalisée pour étouffer les critiques ou légitimer des choix politiques contestables, elle perd toute sa légitimité. La gestion publique ne se mesure pas à l’aune de la dévotion, mais à celle de la justice, de l’équité et du respect des citoyens. Or, force est de constater que les principes républicains sont systématiquement bafoués au profit d’intérêts partisans ou personnels.

L’élection présidentielle de mai 2024 a marqué un tournant. Entre résultats contestés, rapports d’observateurs indépendants accablants et morts lors des répressions post-électorales, le processus a révélé une mécanique politique verrouillée. Les Tchadiens, privés de leur voix, assistent impuissants à la confiscation de leur souveraineté. Et quand la vérité est étouffée sous des discours moralisateurs, la colère gronde.

Un scrutin de 2024 qui a brisé la confiance

Les législatives et locales à venir seront un test décisif pour la crédibilité du régime. Sans une refonte profonde de l’Autorité Nationale des Élections (ANE), sans transparence dans le décompte des voix et sans publication des résultats bureau par bureau, les prochains scrutins ne seront que des parodies de démocratie. La transition annoncée reste un leurre tant que les fondements de la confiance populaire ne sont pas rétablis.

Le peuple tchadien exige des comptes. Il réclame un fichier électoral fiable et une ANE libérée des influences politiques. Sans cela, les élections ne seront que des simulacres, et la parole divine invoquée par les dirigeants ne suffira pas à apaiser les frustrations.

Le népotisme, cette plaie qui ronge l’État

La justice divine condamne l’injustice sous toutes ses formes. Pourtant, au Tchad, le favoritisme et le clientélisme sont érigés en système de gouvernance. Les hautes sphères de l’État, les régies financières et les forces de sécurité sont peuplées de proches du pouvoir, au mépris des compétences et des règles républicaines. Les postes clés, notamment ceux liés à la gestion des ressources pétrolières ou douanières, sont distribués comme des faveurs, alimentant un sentiment d’impunité généralisé.

Les jeunes diplômés, privés d’opportunités faute de piston, subissent de plein fouet cette logique. Pendant ce temps, une minorité se gave tandis que le pays s’enfonce dans le chômage et la précarité. Cette injustice sociale n’est pas une épreuve divine : c’est le résultat d’une gouvernance égoïste et inefficace.

Des infrastructures à l’abandon : l’échec d’une gestion publique

Affirmer que les privations des Tchadiens relèvent d’un destin voulu par Allah relève du cynisme politique. La réalité est bien plus terre-à-terre : elle est celle d’une gestion publique calamiteuse, où les infrastructures s’effondrent faute de vision et de moyens. À N’Djamena, l’électricité est devenue un luxe inaccessible, avec des délestages quotidiens qui paralysent hôpitaux et commerces. La centrale électrique récemment ravagée par les flammes n’est que le symbole d’un système à bout de souffle.

Dans des villes comme Abéché, Sarh ou Moundou, l’accès à l’eau potable reste un combat quotidien. Pourtant, le Tchad regorge de ressources hydriques naturelles. Le problème ? Une administration incapable de garantir les services essentiels à sa population. Les revenus du pétrole et de l’or, loin d’être investis dans le développement, sont détournés au profit d’une élite, laissant les Tchadiens face à des besoins vitaux non comblés.

La question n’est plus de savoir si Allah a voulu ces épreuves. Elle est de savoir pourquoi les dirigeants, qui invoquent sans cesse la crainte divine, refusent de rendre des comptes sur leur gestion. Les Tchadiens en ont assez des discours creux. Ils veulent des actes : des infrastructures fonctionnelles, des services publics dignes de ce nom et une gouvernance enfin transparente et responsable.

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