Sous les radars : qui vraiment tire les ficelles du jeu géopolitique au Sahel autour du Niger ?
Entre Benghazi, Paris, Alger et Abou Dhabi, les dernières semaines ont révélé une reconfiguration en profondeur des alliances au Sahel. Le Niger, positionné au centre de cette dynamique, devient le théâtre où s’affrontent désormais des intérêts stratégiques, des rivalités historiques et des ambitions de puissance. Mais derrière les déclarations officielles, qui orchestrent réellement cette partie d’échecs ?
Le Niger, nouvelle cible des stratégies d’influence régionale
Depuis quelques jours, une série de déplacements diplomatiques et militaires a mis en lumière une stratégie de captation d’alliances autour du Niger. Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a effectué une visite remarquée à Benghazi le 1er novembre 2026, où il a signé un protocole d’accord avec Saddam Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar. Ce document, bien que son contenu reste confidentiel, symbolise la volonté de Niamey de diversifier ses partenariats, loin des sphères traditionnelles.
À peine deux jours plus tard, c’est au tour du général Khaled Haftar, chef d’état-major des forces armées de l’Est libyen, de se rendre à Paris pour échanger avec son homologue français, Fabien Mandon. Les discussions, centrées sur la coopération sécuritaire et le partage d’expertise, soulignent une volonté de coordination entre acteurs pourtant éloignés géographiquement. Loin d’être anodins, ces échanges révèlent une logique de rééquilibrage où chaque puissance tente de sécuriser sa position.
Alger, Benghazi et Abou Dhabi : des intérêts convergents ou antagonistes ?
Dans ce jeu complexe, l’Algérie joue un rôle clé. Le 3 novembre 2026, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, s’est rendu à N’Djamena pour renforcer les liens avec le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. Au-delà des accords bilatéraux, cette visite illustre une stratégie de containment face à l’influence croissante d’autres acteurs. Alger, qui a déployé des forces militaires au Niger fin octobre, cherche à verrouiller son rôle de leader régional et à contrer toute tentative d’isolement.
Côté libyen, les Émirats arabes unis entretiennent des relations étroites avec le camp Haftar, fournissant un soutien politique et logistique. Cette proximité suscite des inquiétudes à Alger, qui voit dans cette alliance une menace pour sa sécurité. Le Fezzan, région du sud libyen, devient un enjeu stratégique : corridor vers le Niger, riche en ressources et en trafics, il concentre les tensions.
La rivalité Alger-Rabat s’invite au Sahel
Cette dynamique régionale s’inscrit dans un contexte de tensions maghrébines. Le Maroc, après avoir reçu Khaled Haftar en octobre, renforce ses liens avec l’Est libyen et Abou Dhabi. Pour Alger, cette convergence d’intérêts entre Rabat, Abou Dhabi et Benghazi est perçue comme une tentative de contournement de son influence. La question saharienne, toujours en suspens, ajoute une dimension supplémentaire à cette rivalité.
Niger : entre dépendance et souveraineté stratégique
Le Niger, pays charnière entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, est désormais un partenaire convoité. Sa position géographique, ses ressources et sa proximité avec plusieurs foyers de tension en font un acteur incontournable. Niamey multiplie les accords : coopération militaire avec l’Algérie, partenariats sécuritaires avec Benghazi, échanges techniques avec Paris. Mais cette diversification cache une réalité : le Niger cherche à échapper à une dépendance exclusive.
Les tensions avec le Tchad, accusé d’être impliqué dans une tentative de déstabilisation (sans preuves publiques), montrent aussi que le pays doit naviguer entre des voisins aux intérêts divergents. Face à ces défis, la capacité du Niger à jouer un rôle autonome dans cette recomposition géopolitique dépendra de sa capacité à gérer ses alliances sans tomber dans le piège d’une nouvelle forme de domination.
Et la France dans tout cela ? Un acteur en perte d’influence
Alors que Paris affichait autrefois une présence militaire dominante au Sahel, son rôle aujourd’hui est plus nuancé. La rencontre entre Khaled Haftar et Fabien Mandon ne suffit pas à dessiner une stratégie cohérente. La France, en recul, tente de maintenir des liens avec les différents acteurs, mais sans coordination apparente. Cette absence de leadership clair laisse le champ libre aux initiatives régionales, où Alger, Benghazi et Abou Dhabi tentent de s’imposer.
La nouvelle donne sahélienne : ressources, routes et alliances
Au-delà des rivalités politiques, cette recomposition révèle une lutte pour le contrôle des ressources et des axes stratégiques. Le Niger, avec ses réserves d’uranium, ses corridors commerciaux et sa position frontalière, est au cœur de ces enjeux. Le Sahel n’est plus seulement le terrain d’une lutte contre le terrorisme : c’est un champ de bataille économique et géopolitique, où chaque puissance tente de sécuriser son avenir.
Dans cette partie, le Niger n’est plus un simple pion. Il est devenu un levier d’influence, un pays dont les choix détermineront en partie l’équilibre d’une région en pleine mutation.


