La rougeole connaît une flambée épidémique sans précédent au Niger en 2021. Les autorités sanitaires locales et les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme face à l’explosion des cas et aux conséquences dramatiques pour les populations, notamment les plus vulnérables.
une progression vertigineuse des cas de rougeole au Niger
Les chiffres officiels du ministère de la Santé publique du Niger révèlent une hausse vertigineuse des cas de rougeole par rapport à 2020. Au cours du premier trimestre 2021, 3 213 cas ont été recensés contre seulement 1 081 durant la même période l’année précédente. Cette tendance s’est poursuivie, avec plus de 6 000 cas suspects déclarés en avril 2021. À ce jour, 15 décès ont été attribués à cette épidémie, et 27 districts sur 73 sont désormais classés en état d’épidémie.
Les régions les plus touchées sont Agadez, Dosso et Tahoua, où la situation sanitaire se dégrade rapidement. La rougeole, maladie virale hautement contagieuse, représente l’une des principales causes de mortalité chez les jeunes enfants dans le monde. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande une couverture vaccinale de 95% pour endiguer sa propagation. Pourtant, dans certaines zones du Niger, ce taux chute à 50% seulement.
les raisons d’une couverture vaccinale insuffisante
Plusieurs facteurs expliquent cette baisse alarmante de la vaccination au Niger. D’une part, l’instabilité sécuritaire dans des régions comme Diffa, Tillabéry et Tahoua limite l’accès aux soins de base et perturbe les campagnes de vaccination. D’autre part, la pandémie de Covid-19 a accentué les difficultés : peur de se rendre dans les centres de santé, manque de personnel médical, et restrictions logistiques ont tous contribué à fragiliser les systèmes de prévention.
Malgré ces obstacles, Médecins Sans Frontières (MSF) a acheminé près de 700 000 doses de vaccins pour tenter de contenir l’épidémie et reconstituer les stocks d’urgence.
les défis majeurs pour les équipes médicales au Niger
Les équipes de MSF et les autorités sanitaires nigériennes font face à de multiples défis dans leur lutte contre la rougeole. La pandémie de Covid-19 a eu un impact profond sur le système de santé : réduction des consultations de routine, pénurie de personnel médical (certains agents étant infectés ou en quarantaine), et difficultés d’approvisionnement en médicaments et intrants.
Par ailleurs, une méfiance accrue de la population envers la vaccination a été observée. Certains parents, confondant les campagnes de vaccination contre la rougeole avec celles contre le Covid-19, ont refusé de vacciner leurs enfants. Dans des villes comme Niamey et dans la région de Tillabéry, cette confusion a entraîné une baisse de la participation aux programmes de vaccination. MSF a donc intensifié ses actions de sensibilisation pour expliquer les risques de la rougeole et l’importance de la vaccination pour protéger les enfants.
quelles perspectives pour les mois à venir ?
La situation épidémique au Niger reste extrêmement préoccupante. La baisse de la couverture vaccinale et des activités de vaccination de routine pourrait avoir des répercussions durables, notamment sur la gestion d’autres maladies comme la méningite, qui a déjà touché plus de 1 100 personnes dans le pays.
Avec l’arrivée des pics saisonniers du paludisme et de la malnutrition, les autorités sanitaires craignent une aggravation de la crise sanitaire. Le pic de paludisme de l’année dernière, particulièrement sévère et prolongé, s’est terminé en janvier 2021, soit plus tard que d’habitude. Parallèlement, les projections concernant la sécurité alimentaire et la malnutrition pour 2021 sont très inquiétantes, surtout dans des régions moins médiatisées comme Maradi et Zinder, éloignées des zones de conflit.
Face à cette situation, les acteurs de santé publique appellent à une mobilisation urgente pour renforcer les campagnes de vaccination, améliorer l’accès aux soins dans les zones reculées, et sensibiliser les populations aux enjeux de la prévention.