Fraîchement investi à la tête du Bénin, le président Romuald Wadagni entame ce mardi 2 juin un déplacement stratégique à Niamey et Ouagadougou. Cette première étape d’une tournée régionale marque une rupture nette avec la période de froid diplomatique observée ces derniers mois. Succédant à Patrice Talon, le nouveau chef de l’État cherche à rétablir les ponts avec le Niger du général Abdourahamane Tiani et le Burkina Faso du capitaine Ibrahim Traoré.
Une offensive diplomatique pour apaiser le Sahel
Ce voyage s’inscrit dans un climat de méfiance hérité des crises politiques de 2023. Suite aux changements de pouvoir à Niamey et Ouagadougou, les relations avec Cotonou s’étaient crispées, notamment en raison de l’alignement de l’ancienne administration sur les positions fermes de la Cédéao. Romuald Wadagni, fort de son profil d’économiste pragmatique, privilégie désormais le dialogue direct pour désamorcer les tensions liées à la fermeture des frontières et aux différends sécuritaires transfrontaliers.
L’enjeu crucial du corridor Cotonou-Niamey
Le volet économique occupe une place centrale dans cette visite. L’axe reliant le port de Cotonou au Niger est une artère vitale pour les deux nations. Les restrictions commerciales passées, suivies du retrait des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) de l’organisation régionale, ont durement touché les finances béninoises. Le trafic portuaire s’est en partie détourné vers d’autres ports de la sous-région, rendant urgente une normalisation des échanges pour sécuriser les recettes douanières du Bénin.
Au-delà du commerce, la gestion des zones frontalières, comme le parc W, nécessite une coordination étroite. La lutte contre l’insécurité et les groupes armés qui menacent le nord du Bénin impose une reprise de la coopération militaire avec les forces armées sahéliennes.
Équilibre diplomatique entre la Cédéao et l’AES
Le défi pour Romuald Wadagni est de taille : renouer avec l’AES sans pour autant rompre avec ses engagements au sein de la Cédéao. En se rendant personnellement dans les capitales nigérienne et burkinabè, il envoie un signal fort de solidarité face aux défis sécuritaires communs, notamment la menace terroriste qui pèse sur la partie septentrionale du pays. L’objectif est de prouver qu’une approche bilatérale constructive peut offrir des solutions concrètes aux populations et aux acteurs économiques du Niger et du Bénin.