Revendications du Maroc sur ceuta : une tension persistante malgré les crises migratoires

Les revendications du Maroc sur Ceuta et Melilla : un sujet toujours brûlant

Un ancien ambassadeur espagnol alerte sur la persistance des tensions territoriales entre Rabat et Madrid

Politique
Manifestation symbolique de revendications territoriales

Les tensions autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en Afrique du Nord occupent une place centrale dans les relations entre le Maroc et l’Espagne, comme en témoigne la récente crise migratoire qui a frappé Ceuta fin juillet. Avec plus de 72 000 migrants débarqués en quelques jours, cette situation a mis en lumière un différend territorial de longue haleine que le Maroc n’a jamais abandonné.

D’après les déclarations de Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur espagnol au Maroc et ancien chef du service de renseignement espagnol (CNI), Rabat continue de brandir ses revendications sur Ceuta et Melilla. Selon lui, ces tensions non résolues ont joué un rôle dans l’afflux massif de migrants vers Ceuta, que le Maroc aurait en partie laissé se produire.

« Le Maroc teste les réactions dans un contexte où il perçoit une certaine fragilité politique à Madrid », confie Dezcallar. Le gouvernement espagnol, dirigé par Pedro Sánchez, traverse en effet une période délicate marquée par des scandales de corruption impliquant des membres de l’exécutif et des proches du pouvoir. Ses positions ouvertes sur l’immigration et ses critiques envers les États-Unis ont également creusé des divergences au sein de l’Union européenne.

« La relation entre l’Espagne et le Maroc est marquée par des hauts et des bas, souvent plus guidée par les émotions que par la rationalité », explique l’ancien diplomate, qui a exercé ses fonctions à Rabat entre 1997 et 2001. Pourtant, malgré ces tensions, les deux pays restent étroitement liés par des échanges commerciaux florissants et une coopération indispensable sur les enjeux migratoires, la lutte antiterroriste et la stabilité régionale.

Les déclarations officielles de Rabat et Madrid

Du côté marocain, les appels à la souveraineté sur Ceuta et Melilla se multiplient. Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé mardi que ces territoires, bien que sous souveraineté espagnole depuis des siècles, faisaient partie intégrante des revendications marocaines. « Chaque fois que nous rencontrons nos homologues espagnols, cette question est abordée », a-t-il déclaré à la presse internationale.

Pour Madrid, la réponse est sans ambiguïté. Margarita Robles, ministre espagnole de la Défense, a réitéré avec fermeté : « Ceuta et Melilla sont espagnoles, et elles le resteront. » Cette position a été réaffirmée lors d’une visite officielle à Ceuta, une première pour un ministre des Affaires étrangères depuis le début de la démocratie espagnole. Une démarche perçue comme un geste d’apaisement envers Rabat.

Crises migratoires et stratégies de pression

Le déclencheur immédiat de la dernière crise migratoire à Ceuta ne serait pas directement lié aux revendications territoriales, mais à l’arrêt d’une cour espagnole interdisant les expulsions immédiates de migrants arrivés par voie maritime. Selon Dezcallar, « une forme de complaisance ou de négligence des autorités marocaines » aurait permis cet afflux exceptionnel.

L’ancien ambassadeur met en garde : l’Espagne ne dispose pas des moyens suffisants pour endiguer ces flux, qui se répètent avec une régularité inquiétante. Il rappelle notamment l’épisode de 2021, lorsque l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, leader du Front Polisario, avait provoqué une réaction immédiate de Rabat. En représailles, près de 10 000 migrants avaient été acheminés vers Ceuta, que Margarita Robles avait qualifié de « chantage politique ».

« Une erreur peut être pardonnée, mais pas deux », souligne Dezcallar, évoquant les mises en garde répétées des autorités locales de Ceuta concernant l’augmentation des arrivées irrégulières dans les jours précédant la crise. Les services de renseignement espagnols ont même alerté sur un risque de nouvel afflux massif le 15 août, alimenté par des appels aux réseaux sociaux.

« Quiconque croit que le Maroc abandonnera ses revendications sur Ceuta et Melilla se trompe lourdement », conclut l’ancien ambassadeur, soulignant l’intransigeance de Rabat sur ce dossier.

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