Rencontre controversée entre Diomaye Faye et Macky Sall au Sénégal

Rencontre controversée entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall : le débat enfièvre le Sénégal

La perspective d’une rencontre officielle entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur Macky Sall, prévue à Dakar, alimente une vive polémique. Ce déplacement, motivé par une demande de soutien à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, ravive les tensions et relance le débat sur la justice transitionnelle au Sénégal.

Manifestant brandissant une pancarte contre la candidature de Macky Sall à l'ONU en 2026

Une visite qui réveille les plaies du passé

Pour les familles des victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024 sous le mandat de Macky Sall, cette visite est perçue comme une provocation. Seydi Gassama, porte-parole de 67 familles de victimes présumées, suit de près les dossiers judiciaires liés à cette période. Selon lui, cette rencontre envoie un signal extrêmement négatif.

« Ce n’est pas le retour de Macky Sall au Sénégal qui nous indigne, précise le directeur d’Amnesty International Sénégal, mais le fait que le président Bassirou Diomaye Faye, depuis son accession au pouvoir, n’a posé aucun acte concret pour rendre justice aux victimes de l’ère Sall. Aucune réparation, aucun procès. Et aujourd’hui, il reçoit Macky Sall pour appuyer sa candidature à l’ONU ? C’est tout simplement inacceptable. Macky Sall porte une lourde responsabilité dans ces événements. »

Des promesses électorales non tenues

Lors de sa campagne, Bassirou Diomaye Faye avait fait de la justice transitionnelle une priorité. Pourtant, plus de deux ans après son élection, les attentes des victimes restent lettre morte : ni procès n’a été engagé, ni indemnisations significatives versées. Ces manquements sont vivement critiqués par les associations de défense des droits humains.

Pour Seydi Gassama, le passé de Macky Sall le rend incompatible avec une candidature à la tête de l’ONU. Les organisations de droits humains partagent cette analyse, soulignant l’absence totale de résultats concrets depuis 2024.

Réactions politiques et enjeux stratégiques

Du côté de l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall, on minimise les critiques. Assane Samb, analyste politique, y voit davantage une manœuvre politique qu’une question de justice.

« Le président Diomaye Faye s’est éloigné de son parti d’origine, le Pastef, pour créer sa propre formation politique. Cette rencontre pourrait bien servir de levier pour bâtir une alliance stratégique entre son nouveau parti et les formations traditionnelles de l’opposition. L’objectif ? Contrecarrer l’influence persistante du Pastef, toujours aussi puissant sur la scène politique sénégalaise. »

Manifestants à Dakar en février 2023 contre le report de l'élection présidentielle : rue jonchée de débris, manifestant masqué, fumée en arrière-plan

Silence des institutions et contexte politique

À ce jour, ni la présidence sénégalaise ni le Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, n’ont réagi publiquement à l’annonce de cette visite. Il s’agirait pourtant de la première fois que Macky Sall, au pouvoir de 2012 à 2024, foule le sol sénégalais depuis son départ en avril 2024.

Sa candidature à l’ONU, soutenue par le Burundi (actuel président de l’Union africaine), a déjà été rejetée par une vingtaine d’États membres de l’UA, dont le Sénégal, fin mars. Une décision qui illustre les tensions persistantes autour de son héritage politique.

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