Une sixième province congolaise frappée par l’épidémie d’Ebola en trois mois

Depuis son apparition en République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola s’étend inexorablement. En seulement trois mois, elle a déjà contaminé une sixième province du pays, confirmant son expansion rapide et inquiétante. Les autorités sanitaires locales et internationales s’alarment de cette dynamique, alors que les bilans humains s’alourdissent.
Un bilan humain dramatique en un temps record
Déclarée officiellement le 15 mai, la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC est désormais considérée comme la plus meurtrière de l’histoire du pays. En trois mois à peine, elle a déjà causé plus de 2 128 décès pour 4 566 cas confirmés, selon les dernières données officielles. Ces chiffres contrastent avec la précédente flambée majeure, entre 2018 et 2020, qui avait enregistré près de 2 300 morts sur une période bien plus longue.
Pourtant, l’ampleur actuelle dépasse de loin celle de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest en 2014, où sept fois moins de cas et cinq fois moins de décès avaient été recensés durant la même période. Une progression qui s’explique en partie par la difficulté à contenir le virus dans des zones densément peuplées et en proie à des conflits armés.
Le Bas-Uélé, nouvelle zone d’expansion du virus
Jusqu’à présent, cinq provinces congolaises étaient concernées par l’épidémie : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. Mais une sixième vient d’être touchée : le Bas-Uélé, situé dans le nord du pays, frontalier de la République centrafricaine. Une personne y est décédée après avoir contracté le virus en provenance du Haut-Uélé, où des cas avaient déjà été signalés, a indiqué Jean Kaseya, directeur de l’Africa CDC, lors d’une conférence de presse en ligne.
Cette extension géographique soulève des craintes quant à une propagation encore plus large, notamment vers les pays voisins. L’ONG Mercy Corps a tiré la sonnette d’alarme sur le risque de contamination du Soudan du Sud, frontaliers des provinces affectées de l’Ituri et du Haut-Uélé.
Des corridors à haut risque vers le Soudan du Sud
Les équipes médicales et humanitaires s’inquiètent particulièrement de la proximité des foyers infectieux avec les frontières. « Les cas confirmés se trouvent désormais à seulement 35 kilomètres de la frontière avec le Soudan du Sud, le long de corridors de déplacement à haut risque », a déclaré l’organisation. Une situation qui pourrait faciliter la transmission transfrontalière et aggraver la crise sanitaire régionale.
Les défis à relever pour endiguer l’épidémie sont immenses. Les équipes de riposte font face à des services de santé saturés, un accès limité à l’eau potable et à des infrastructures sanitaires insuffisantes. La méfiance des populations, alimentée par des décennies de conflits, complique davantage les efforts de sensibilisation et de vaccination.
Des zones en proie à l’insécurité et aux violences
Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu illustrent parfaitement ces obstacles. Divisées par des lignes de front entre l’armée congolaise et le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, ces territoires échappent en partie au contrôle des autorités. Les zones occupées par les milices sont souvent inaccessibles aux équipes médicales, ce qui favorise la propagation silencieuse du virus.
Pourtant, des signes d’espoir émergent localement. Dans le Sud-Kivu, aucune nouvelle contamination n’a été enregistrée depuis plus de 42 jours, permettant aux autorités sanitaires de déclarer la fin de l’épidémie dans cette région. Une avancée encourageante, mais qui ne doit pas faire oublier l’urgence de la situation ailleurs.
En début de mois, un cas suspect avait été signalé à bord d’un bateau descendant le fleuve Congo en direction de Kinshasa. Après investigation, aucun autre passager n’a été contaminé, et les personnes à bord ont pu débarquer sans risque.
Ebola, un fléau récurrent en Afrique centrale
Depuis cinquante ans, le virus Ebola a été responsable de plus de 15 000 décès en Afrique, selon les données historiques. Transmis par contact avec les fluides corporels, il provoque une fièvre hémorragique souvent mortelle en l’absence de soins rapides. La RDC, déjà frappée à plusieurs reprises, paie un lourd tribut à cette maladie, aggravé par des conditions socio-économiques et sécuritaires précaires.
Face à l’urgence, l’Organisation mondiale de la santé a exprimé son espoir de renverser la tendance d’ici trois mois. Mais pour y parvenir, une mobilisation internationale renforcée et une meilleure coordination entre les acteurs locaux et internationaux seront indispensables.