Politique
pouvoir camerounais : la vacance est-elle possible ?
Le long séjour privé du président camerounais en Europe interroge la classe politique et l’opinion publique. Retour sur les mécanismes constitutionnels encadrant cette situation.
Dans son éditorial politique diffusé par la Radio Tiémeni Siantou (90.5 FM à Yaoundé et Bafang), Eric Boniface Tchouakeu s’interroge sur l’absence prolongée du chef de l’État camerounais en Europe. Officiellement parti pour un « court séjour privé » le 7 juin 2026, selon le communiqué de son Directeur de Cabinet, Samuel Mvondo Ayolo, le président Paul Biya n’est pas revenu dans l’immédiat.
Plusieurs articles de la presse panafricaine ont confirmé qu’il séjourne à Genève, en Suisse, où il a ses habitudes depuis son accession au pouvoir en 1982. Ce déplacement, initialement présenté comme temporaire, s’éternise et alimente les spéculations sur son état de santé, malgré les démentis officiels. Certains n’hésitent plus à évoquer l’hypothèse d’une vacance du pouvoir au Cameroun.
Que dit la constitution camerounaise ?
Contrairement à une idée reçue, la vacance du pouvoir ne peut être établie en fonction du nombre de jours passés hors du territoire par le président. La loi fondamentale ne fixe aucune limite à ce type de déplacement. Elle ne reconnaît une vacance du pouvoir qu’en trois cas précis : décès, démission ou empêchement définitif du président en exercice.
Cependant, la notion d’« empêchement définitif » reste floue dans le texte constitutionnel. Aucune loi ne précise les critères permettant de l’évaluer. Ainsi, un séjour prolongé à l’étranger, même sans retour prévu à court terme, ne suffit pas à déclencher une vacance du pouvoir.
En théorie, le président pourrait même diriger le Cameroun depuis l’étranger pendant toute la durée de son mandat sans violer la loi. Le débat porte donc davantage sur la morale politique que sur la légalité.
Quels sont les enjeux politiques ?
Le retard dans la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025, ainsi que l’absence de nomination d’un vice-président malgré la réintroduction récente de ce poste, pourraient expliquer l’attention accrue portée au nombre de jours passés à l’étranger par Paul Biya. En 43 ans de pouvoir ininterrompu, jamais le président n’a signé ou fait publier un décret majeur depuis l’étranger.
Cette situation soulève des questions sur la capacité du régime à fonctionner de manière transparente et réactive. Les citoyens et les observateurs s’interrogent sur les raisons de cette absence prolongée, alors que le pays fait face à des défis socio-économiques majeurs.
En définitive, si le séjour de Paul Biya en Suisse alimente les rumeurs et les spéculations, la vacance du pouvoir reste un scénario peu probable selon le cadre constitutionnel actuel. Le débat se situe davantage sur le plan éthique et politique que sur le plan juridique.