Paul Kagame : « faire disparaître le Rwanda, ce serait une grave erreur »
Lors d’une intervention remarquée devant le Bureau politique du Front patriotique rwandais (FPR), le président Paul Kagame a livré un message sans équivoque sur les tensions persistantes dans la région des Grands Lacs. Face aux appels répétés à l’élimination du mouvement M23, considéré comme une menace pour la sécurité de la République démocratique du Congo, le chef de l’État rwandais a mis en garde contre les conséquences d’une telle approche.
Une souveraineté à protéger sans compromis
S’exprimant avec une fermeté inhabituelle, Paul Kagame a rappelé que toute velléité d’anéantir le M23 reviendrait à s’attaquer directement au Rwanda, accusé par Kinshasa et certains partenaires internationaux de soutenir ce groupe armé. « Faire disparaître le M23, c’est aussi vouloir faire disparaître le Rwanda », a-t-il déclaré, soulignant que son pays, bien que de petite taille, n’accepterait jamais que son existence soit remise en cause.
Le président rwandais a martelé : « La seule façon de me faire taire, c’est quand je serai mort. » Une phrase choc qui illustre l’intransigeance de Kigali face aux pressions extérieures, notamment américaines, qui ont récemment sanctionné plusieurs officiers et entreprises rwandaises.
Une région sous haute tension
Cette déclaration intervient dans un contexte où la RDC et le Rwanda s’opposent frontalement sur la question du M23, qui contrôle désormais de vastes zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Malgré les tentatives de médiation, comme l’Accord de Washington ou le processus de Doha sous l’égide du Qatar, les négociations peinent à aboutir.
Les réunions d’évaluation et les initiatives diplomatiques, dont la dernière en date s’est tenue à Montreux, n’ont pas permis de rapprocher les positions des deux pays. Les engagements pris lors de ces rencontres restent largement lettre morte, tandis que la situation humanitaire dans l’est de la RDC continue de se dégrader.
Une politique du Rwanda fondée sur la fermeté
Paul Kagame a également rejeté toute idée de hiérarchie entre les vies humaines, dénonçant les discours qui, selon lui, tendraient à minimiser la valeur de certaines existences. « Rabaisser tout et faire croire que la vie de certains vaut plus que celle d’autres, ce n’est pas ma politique », a-t-il affirmé, rappelant que le Rwanda, bien que vulnérable, refuse d’être traité comme un État de seconde zone.
Face aux menaces qui pèsent sur sa sécurité, le président rwandais a assuré que son pays était prêt à toutes les éventualités : « Quand cela arrivera, quand je n’aurai pas pu l’éviter, je pense qu’ils nous trouveront [prêts]. » Une déclaration qui laisse présager une escalade des tensions si les appels au dialogue ne produisent aucun résultat concret.
Contexte des sanctions et des négociations
Les tensions entre Kigali et Washington, ainsi que les accusations portées par Kinshasa, s’ajoutent à un tableau déjà complexe. Les sanctions américaines contre le Rwanda, ciblées sur des officiers et des entreprises, n’ont fait qu’aggraver le climat de défiance. Pourtant, les deux pays maintiennent un dialogue formel, comme en témoignent les réunions régulières sous l’égide de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.
Cependant, la crédibilité de ces efforts est régulièrement mise à mal par les avancées militaires du M23 sur le terrain. Les populations civiles, prises en étau entre les groupes armés et les opérations militaires, paient le prix fort de cette impasse politique.
Alors que les initiatives diplomatiques s’enlisent et que les violences persistent, la région des Grands Lacs reste sous haute surveillance. La fermeté affichée par Paul Kagame pourrait bien redessiner les contours du conflit, ou au contraire, aggraver une crise déjà profondément ancrée.
Paul Kagame, Président du Rwanda