Le président camerounais Paul Biya, en fonction depuis 1982, est revenu à Yaoundé ce jeudi après une absence de plus de deux mois. Son retour a suscité de nombreux débats dans le pays sur sa capacité à assurer la gouvernance, alors que des questions persistent quant à l’état de sa santé.
Âgé de 93 ans, le chef de l’État avait quitté la capitale camerounaise le 7 juin pour un « séjour privé en Europe », selon les informations officielles. Des sources locales indiquent qu’il se trouvait à Genève, en Suisse, accompagné de sa famille et de proches collaborateurs.
De retour au Cameroun après 73 jours d’absence, Paul Biya a été accueilli par une foule en liesse à l’aéroport de Yaoundé. Le président a salué la population depuis la fenêtre de son véhicule, avant de rejoindre le palais d’Etoudi, sa résidence officielle, aux côtés de son épouse Chantal Biya. Une délégation de militants du parti au pouvoir, certains vêtus de pagnes à son effigie, l’attendait pour célébrer son retour.
Cette absence prolongée a relancé les spéculations sur la santé du président, qui effectue régulièrement des séjours à l’étranger. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait démenti les rumeurs évoquant une hospitalisation en clinique genevoise, en réponse à des articles de presse.
L’opposition camerounaise, quant à elle, a dénoncé un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique ». Depuis plusieurs mois, l’attente autour de la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président s’intensifie, alimentant les tensions politiques.
Des réactions contrastées à son retour
Sur le tarmac de l’aéroport, des Camerounais ont exprimé des avis divergents. Gilles Owono, un enseignant de 30 ans, a défendu le président en déclarant : « Pour une démocratie comme la nôtre, une absence prolongée peut susciter des interrogations. Cependant, cela n’a pas perturbé le fonctionnement du pays, qui a poursuivi son cours normalement. »
James Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et cadre du parti présidentiel, a également minimisé les critiques en affirmant fin juillet que « le chef de l’État suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent ses collaborateurs, où qu’il se trouve ».
En revanche, Prosper Nkou Mvondo, leader de l’opposition au sein du parti Univers, a critiqué ouvertement cette absence : « Que Paul Biya soit présent ou non ne change rien. Lorsqu’il est là, il n’agit pas. Participer à cette réception relève du spectacle. »
Les absences répétées du président, observées depuis plus de vingt ans, alimentent un sentiment de frustration croissant parmi une partie de la population.
Un contexte politique tendu
La réélection de Paul Biya pour un huitième mandat en octobre 2025 avait été marquée par des manifestations violemment réprimées, avec « plusieurs dizaines de morts » selon les autorités, bien que le bilan exact reste flou. Les résultats, vivement contestés par l’opposition, avaient également suscité des réserves parmi plusieurs diplomaties occidentales.
Cette longue absence a également ravivé les spéculations concernant la succession du président. La nomination d’un vice-président, toujours attendue, pourrait clarifier la situation. En l’absence de cette désignation, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui assurerait l’intérim en cas de vacance du pouvoir, le temps d’organiser une nouvelle élection présidentielle.