Oligui Nguema honoré par le CAMES : le Gabon mise sur l’enseignement supérieur

Libreville – Mardi 23 juin 2026 – En recevant la Grand-Croix de l’Ordre international des Palmes académiques du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), Brice Clotaire Oligui Nguema obtient bien davantage qu’une simple distinction protocolaire.

Cette reconnaissance, remise à Libreville lors de la 43ᵉ session du CAMES, intervient alors que le Gabon s’efforce de redéfinir son rôle dans les dynamiques intellectuelles africaines et de faire de l’enseignement supérieur un pilier stratégique de sa souveraineté.

Dans un contexte où la compétition économique se joue de plus en plus dans les laboratoires et les universités, cet événement reflète une ambition plus large : positionner le Gabon comme un acteur clé de la transformation académique du continent.

Le savoir comme fondement national

Face aux responsables universitaires, chercheurs et délégations venues de plusieurs pays africains, le chef de l’État a dédié cette distinction à ceux qu’il considère comme les véritables bâtisseurs de l’avenir : enseignants, chercheurs et étudiants.

« Je sais que ces nobles métiers sont des sacerdoces, traversés par des épreuves et des difficultés. J’ai la profonde conviction que la société et l’État doivent mieux les reconnaître et les encourager », a déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema.

Ce discours intervient alors que le Gabon multiplie les investissements dans les infrastructures universitaires, la formation supérieure et la recherche scientifique. L’idée sous-jacente est de plus en plus partagée sur le continent : la richesse des nations africaines dépendra moins de leurs ressources naturelles que de leur capacité à produire de la connaissance, de l’innovation et du capital humain qualifié.

Le président gabonais a résumé cette vision en une formule qui dépasse les frontières nationales : « Il n’y a pas de destin national sans une recherche et un enseignement supérieurs forts et responsables. »

Cette affirmation marque une rupture avec les modèles de développement centrés sur l’exploitation des matières premières et inscrit l’éducation et la science parmi les priorités stratégiques du pays.

Le CAMES face à ses défis historiques

Créé en 1968, le CAMES est aujourd’hui l’une des principales institutions de coopération universitaire en Afrique. Avec ses 19 États membres, il joue un rôle essentiel dans l’évaluation des enseignants-chercheurs, l’harmonisation des diplômes et la promotion de la recherche.

Pour le professeur Charles Edgar Mombo, président en exercice du Conseil des ministres du CAMES, l’enjeu dépasse le cadre académique.

« Au-delà de son caractère honorifique, cette présidence constitue un levier stratégique permettant d’orienter les grandes priorités de l’institution et de renforcer la place du pays qui l’exerce dans le concert académique africain », a-t-il souligné.

Sous son impulsion, le Gabon souhaite porter plusieurs priorités majeures : mobilité des étudiants et des enseignants, reconnaissance mutuelle des diplômes, modernisation des cursus, adaptation des formations aux mutations technologiques et amélioration de l’employabilité des diplômés.

L’institution doit aussi relever un défi incontournable : renforcer la visibilité internationale de la recherche africaine dans un environnement universitaire mondial dominé par les grands pôles américains, européens et asiatiques.

Libreville, future capitale du savoir africain ?

L’ambition gabonaise ne se limite pas à la gestion administrative du CAMES. Libreville entend désormais accueillir le prochain Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation.

Une telle rencontre constituerait un signal politique fort, consacrant le retour du Gabon comme acteur d’influence dans les débats continentaux et offrant une tribune pour promouvoir sa stratégie de développement fondée sur le capital humain.

Cette perspective s’inscrit dans un contexte où l’Afrique connaît la plus forte croissance démographique étudiante au monde. D’ici 2050, plusieurs centaines de millions de jeunes Africains intégreront l’enseignement supérieur. Leur formation conditionnera directement la compétitivité économique du continent.

C’est dans cette bataille du savoir que le Gabon cherche à se positionner. La distinction attribuée à Brice Clotaire Oligui Nguema apparaît ainsi comme la reconnaissance d’une orientation politique qui place l’université, la recherche et l’innovation au cœur du développement.

Plus qu’une récompense personnelle, cette Grand-Croix du CAMES consacre une idée centrale dans les nouvelles stratégies africaines : le XXIᵉ siècle ne sera pas seulement celui des infrastructures ou des matières premières, mais celui de la connaissance. Le Gabon entend prendre toute sa place dans cette transformation historique.

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