Niger : le tournant où Tiani a dû choisir entre ses généraux et Moscou

La nuit du 28 au 29 août 2026 restera comme le moment où le pouvoir d’Abdourahamane Tiani a basculé. À Niamey, des militaires, en majorité de jeunes éléments des forces spéciales, se sont mutinés. La base 101 de l’aéroport international Diori-Hamani, des sites sensibles et le secteur du palais présidentiel ont été visés. Pendant près de vingt-quatre heures, le régime a vacillé. Un tournant décisif qui a contraint Tiani à des choix radicaux.

Une riposte sous influence russe

Fait révélateur : ce sont les Russes de l’Africa Corps qui ont joué un rôle déterminant dans la reprise du contrôle de la base aérienne. Selon des informations concordantes, les forces russes ont apporté un appui terrestre et aérien aux forces loyales à Tiani. Cette intervention étrangère a permis de mettre fin à la mutinerie, avec des morts et des arrestations parmi les mutins.

Le limogeage du chef d’état-major

Mais derrière cette intervention se cache une décision plus embarrassante. Tiani aurait ordonné la liquidation des forces spéciales, une mesure qui a entraîné l’arrestation et le limogeage de l’ancien chef d’état-major, Moussa Salaou Barmou. Ce dernier s’y serait opposé, refusant ce qu’il considère comme une véritable barbarie contre les siens. Le 11 septembre, Barmou a été limogé et remplacé par le général Mamane Sani Kiaou. Quelques jours plus tard, il est placé sous surveillance, voire en résidence surveillée.

Des arrestations massives

Après les combats, les arrestations se sont multipliées. Plus de 500 militaires ont été arrêtés, principalement parmi les forces spéciales. D’autres auraient disparu ou quitté le pays. Officiellement, le régime évoque des « dysfonctionnements » dans la chaîne de commandement lors de la mutinerie. Mais cette explication laisse une zone d’ombre considérable.

Barmou, le général devenu encombrant

Moussa Salaou Barmou n’était pas n’importe quel officier. Il connaissait les forces spéciales de l’intérieur, qu’il avait commandées. Il avait participé au coup d’État de juillet 2023 et était devenu l’un des hommes importants du nouveau régime. Mais son parcours militaire et ses relations avec certains réseaux américains le distinguaient du virage russe assumé par Tiani. Lorsque les forces spéciales se retrouvent au cœur de la mutinerie, le chef d’état-major devient mécaniquement un personnage central. Ses adversaires pouvaient-ils lui imputer l’insubordination d’une partie des unités qu’il avait autrefois commandées ? Que s’est-il passé entre lui et les responsables russes pendant les heures les plus critiques ? Les réponses restent incomplètes. Mais une chose est documentée : quelques jours après la crise, Barmou perd son poste.

« Liquidation » : une accusation qui exige des preuves

Certains récits présentent aujourd’hui les événements comme une volonté de Tiani de « liquider » les forces spéciales hostiles au régime. Cette accusation est extrêmement grave. Les informations disponibles établissent bien une répression importante après la mutinerie, avec des arrestations massives et une restructuration de la hiérarchie militaire. Elles ne permettent toutefois pas, à ce stade, d’établir publiquement qu’un ordre général de « liquidation » des forces spéciales aurait été donné par Tiani. C’est précisément là que commence le véritable travail d’investigation.

Les questions sans réponse

  • Qui a donné les ordres pendant les affrontements ?
  • Quelles unités ont ouvert le feu ?
  • Combien de militaires ont été tués ?
  • Combien sont détenus, et dans quelles conditions ?
  • Quels officiers ont été interrogés ou écartés ?
  • Et quel rôle exact les combattants russes ont-ils joué dans les opérations au sol et dans les airs ?

Autant de questions auxquelles le régime nigérien n’a toujours pas apporté de réponse publique complète.

Le paradoxe d’un régime qui promettait de restaurer l’armée

Tiani avait justifié la prise du pouvoir en 2023 par la nécessité de restaurer la sécurité et de remettre l’armée au centre de la défense nationale. Trois ans plus tard, une partie des forces armées se retourne contre le pouvoir. Et lorsque la crise éclate, le régime fait appel à un partenaire militaire étranger pour reprendre une infrastructure stratégique avant de procéder à une profonde réorganisation de son propre appareil militaire. Le problème dépasse donc le seul cas Barmou. Il touche au cœur même du modèle sécuritaire construit par Tiani.

Quand un régime militaire doit s’appuyer sur des forces étrangères pour contenir une mutinerie de ses propres soldats, puis écarter une partie de son commandement après les combats, ce n’est plus seulement une crise disciplinaire. C’est le signe d’une fracture profonde au sein de l’appareil qui détient le pouvoir. Et derrière les communiqués officiels, les nominations et les arrestations, une question demeure : combien de sang faudra-t-il encore verser avant que la vérité sur la nuit du 28 au 29 août ne sorte enfin des casernes ?

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