Le paysage médiatique et civil nigérien enregistre une nouvelle détention. Nassirou Bodo a été placé sous mandat de dépôt et transféré à la maison d’arrêt de Niamey ce mercredi, après avoir été présenté devant le parquet. Cette décision judiciaire intervient au terme d’une période de garde à vue dans les services de police.
Des accusations de trouble à l’ordre public
L’activiste, réputé pour ses critiques envers la gestion actuelle du pays, fait face à des poursuites pour « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ». Cette arrestation fait suite à une prise de parole publique où il appelait les citoyens nigériens à manifester leur mécontentement face à ce qu’il décrit comme une forme de violence sociale imposée par les autorités.
Dans son appel à la protestation, Nassirou Bodo dénonçait particulièrement deux enjeux majeurs :
- La dégradation de la sécurité dans plusieurs zones du territoire national.
- Les opérations de déguerpissement menées aux alentours de l’aéroport de Niamey.
Ces démolitions d’habitations, qualifiées d’injustes par l’activiste, sont présentées par le gouvernement comme une mesure de protection indispensable. Selon les autorités, ces zones occupées illégalement représentent un risque sécuritaire pour la capitale, notamment après l’attaque terroriste survenue fin janvier dans le périmètre aéroportuaire.
Un climat de pression sur la société civile
Depuis le changement de régime en juillet 2023, le Niger traverse une période de fortes tensions politiques. Les interpellations d’acteurs de la société civile et de journalistes se sont multipliées. Les chefs d’accusation oscillent régulièrement entre diffamation, atteinte à la sûreté de l’État ou complot contre l’autorité publique.
Le bilan actuel fait état d’une situation préoccupante pour la liberté d’expression. En 2025, treize professionnels des médias ont déjà été arrêtés. Si quelques libérations ont été enregistrées début mai, plusieurs journalistes demeurent incarcérés. Parallèlement, d’autres figures de la contestation, à l’instar de Moussa Tchangari, restent derrière les barreaux depuis la fin de l’année 2024, poursuivies pour apologie du terrorisme.
Cette nouvelle incarcération de Nassirou Bodo illustre la détermination du pouvoir à encadrer strictement les voix dissidentes dans un contexte de lutte contre les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique qui frappent la région.