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Moscou peut-il vraiment séduire l’afrique au détriment de l’europe ?

Moscou peut-il vraiment séduire l’afrique au détriment de l’europe ?

Un sommet sous le signe de l’ambiguïté géopolitique

Pendant deux jours, l’Afrique a été le théâtre d’un ballet diplomatique orchestré par Vladimir Poutine. Pourtant, c’est bien l’Europe qui se trouvait dans la ligne de mire du Kremlin. Le troisième sommet Russie-Afrique a-t-il marqué un tournant dans les équilibres continentaux ou n’était-il qu’une vitrine de la stratégie du Kremlin ?

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La Russie mise-t-elle sur une monnaie d’échange politique ?

La déclaration finale de Moscou, bien que riche en vocabulaire consensuel comme « l’ordre mondial juste » ou la « multipolarité », réserve une surprise : une condamnation de la « saisie illégale d’avoirs souverains ». Une phrase qui, en apparence anodine, prend tout son sens lorsque l’on sait que ce sont les réserves russes qui sont gelées en Europe. Un coup de communication calculé pour rallier les pays africains à une cause commune contre Bruxelles.

Derrière les discours, une réalité s’impose : Moscou joue la carte de l’influence bien plus que celle des échanges commerciaux. Avec seulement 27 milliards de dollars d’échanges en 2025 (contre 395 milliards pour l’UE), le commerce ne constitue pas le cœur de cette stratégie. La Russie mise sur des partenariats militaro-technologiques, comme en témoignent les 45 accords signés avec des pays africains, ou encore la vente d’avions de chasse à l’Éthiopie.

Une protection qui coûte cher aux populations

Le Sahel, région emblématique de cette coopération, illustre les limites de cette approche. Les juntes militaires soutenues par Moscou y sont accusées d’aggraver les tensions internes et d’alimenter une violence extrémiste sans précédent. Entre 2016 et 2019, les conflits faisaient en moyenne 927 morts par an. Depuis 2022, ce chiffre a dépassé les dix mille victimes annuelles. Un coût humain que le Kremlin semble minimiser au profit de ses intérêts stratégiques.

Présence ou absence : l’Afrique face à la Russie

Le sommet a révélé des divisions au sein du continent. Si des dirigeants comme Assimi Goïta (Mali) ont fait le déplacement, d’autres, à l’image d’Ibrahim Traoré (Burkina Faso), ont brillé par leur absence. Un choix qui en dit long sur les priorités des uns et des autres. Avec seulement 21 chefs d’État présents (contre 43 en 2019), la Russie peine à convaincre de son rôle d’alternative à l’Occident.

La Libye, un théâtre stratégique ignoré

Pour comprendre l’impact réel de la Russie en Afrique, il faut se tourner vers la Libye. Sous l’égide du maréchal Khalifa Haftar, Moscou y a consolidé une présence militaire discrète mais redoutable. Six bases aériennes, financées et exploitées par la Russie, servent de plateformes logistiques pour les opérations au Sahel et en Afrique centrale. Une stratégie qui pourrait, à terme, menacer les intérêts de l’OTAN sur le flanc sud de la Méditerranée.

Les craintes de voir la Libye devenir une base avancée russe ne sont pas infondées. En août 2026, le fils du maréchal Haftar était reçu au Kremlin pour discuter de la protection de Tobrouk et des bases aériennes libyennes contre les drones. Une alliance qui pourrait, si elle se concrétise, offrir à Moscou un levier supplémentaire contre l’Europe.

Plus insidieuse encore est la menace migratoire. Le commissaire européen aux migrations a déjà alerté sur le risque que Moscou utilise les flux de réfugiés comme une arme contre l’Union. Une stratégie déjà observée à la frontière biélorusse, mais dont l’impact pourrait être bien plus dévastateur en Méditerranée.

L’Afrique, un partenaire à double tranchant

Contrairement aux apparences, l’Afrique n’est pas en train de basculer dans le giron russe. Les dirigeants du continent savent jouer des rivalités entre puissances : crédits chinois, débouchés européens, drones turcs, fonds du Golfe et céréales russes. Moscou n’est qu’une option parmi d’autres dans cette équation complexe.

Pour l’Europe, le défi est de taille. La Russie n’a pas besoin de conquérir tout le continent africain pour peser sur ses intérêts. Quelques alliances stratégiques, quelques voix à l’ONU et des bases militaires suffisent pour perturber l’équilibre géopolitique. Face à cette menace, Bruxelles doit réagir : investissements, commerce et soutien à la réunification libyenne pourraient contrer l’influence de Moscou. Mais le temps presse.

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