Un rapport international alerte sur les risques d’un conflit autour du détroit d’Hormuz pour le Maroc.
Un ouvrage collectif, coordonné par des spécialistes de renom, décrypte les conséquences géopolitiques et économiques d’un conflit opposant l’Iran, les États-Unis et Israël. Intitulé « Hormuz et les fractures invisibles : le prix d’une guerre lointaine », ce travail met en lumière les répercussions d’une éventuelle crise autour du détroit d’Hormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transite une part majeure des approvisionnements énergétiques mondiaux.
Parmi les contributeurs figurent des experts de premier plan tels qu’Abdelhak Bassou, Ferid Belhaj, Ian Lesser, Hafez Ghanem, Hinh T. Dinh et Rida Lyammouri. Leur analyse s’étend à l’ensemble des régions impactées par ce conflit, avec une attention particulière portée au Maroc, à l’Afrique subsaharienne et aux pays du Sud global.
L’étude révèle que la crise d’Hormuz ne se limite pas à un conflit régional, mais expose les faiblesses structurelles d’une économie mondiale interdépendante. Les flux énergétiques, commerciaux et logistiques transitant par ce détroit sont essentiels pour de nombreux secteurs, notamment ceux liés au pétrole, au gaz, aux engrais et au commerce international.
Un chapitre dédié, rédigé par l’économiste Hinh T. Dinh, évalue l’impact d’une hausse de 20 % des prix du pétrole sur les économies du Maroc, de la Tunisie et de l’Égypte. Grâce à une modélisation économique avancée, les chercheurs identifient les secteurs les plus vulnérables dans chaque pays.
Le Maroc en première ligne face aux chocs pétroliers
Les résultats sont sans appel : le Maroc serait le pays nord-africain le plus exposé aux conséquences d’un choc pétrolier lié à une crise d’Hormuz. Plusieurs domaines clés de son économie pourraient subir des perturbations majeures, notamment l’agriculture, la construction, les transports et les industries fortement consommatrices d’énergie.
En revanche, l’Égypte tirerait partiellement profit de la hausse des prix grâce à ses revenus pétroliers, tandis que la Tunisie afficherait un impact globalement neutre, malgré des disparités sectorielles marquées.
Un tournant géopolitique majeur
Au-delà des enjeux économiques, plusieurs auteurs soulignent que ce conflit marque un tournant dans l’évolution de l’ordre international. Ferid Belhaj évoque une fragmentation croissante du système mondial et un affaiblissement des mécanismes traditionnels de coopération. Marcus Vinicius de Freitas analyse, quant à lui, l’émergence d’un monde multipolaire où les conflits sont davantage gérés que résolus.
Ian Lesser, dans sa contribution, aborde les tensions accrues au sein des relations transatlantiques, notamment entre les États-Unis et plusieurs pays européens, concernant l’usage de la force et la gestion des crises internationales.
L’ouvrage met également en garde contre les risques pesant sur la sécurité énergétique africaine, les équilibres régionaux du Sahel et les économies sud-américaines. Il souligne l’importance stratégique croissante des minerais dans les nouvelles dynamiques géopolitiques mondiales.
Enfin, cette étude collective du PCNS se présente comme une contribution majeure au débat sur les mutations de l’ordre international. Elle invite les États à repenser leurs stratégies face à des crises capables de perturber durablement les chaînes d’approvisionnement, les marchés de l’énergie et les équilibres géopolitiques à l’échelle mondiale.
Pour les décideurs et les citoyens marocains, cette analyse offre une vision claire des défis à venir et des vulnérabilités spécifiques du pays face à une potentielle crise d’Hormuz.