Un virage diplomatique en marche
Depuis plusieurs années, Bamako s’était tourné vers Moscou après s’être distancé de l’Occident. L’arrivée des forces Wagner, puis de l’Africa Corps, avait été présentée comme la solution aux défis sécuritaires du pays. Pourtant, en 2026, les signes d’un réchauffement avec Washington se multiplient, révélant une stratégie en pleine mutation.
Les États-Unis, un partenaire réémergent
Le rapprochement actuel entre le Mali et les États-Unis se manifeste par plusieurs gestes concrets. En février 2026, Washington a levé les sanctions imposées à des responsables maliens, dont le ministre de la Défense, Sadio Camara. Peu après, des discussions ont été engagées pour autoriser des vols de surveillance américains au-dessus du territoire malien, afin de traquer les groupes jihadistes.
Cette coopération, encore discrète, marque un retour spectaculaire après des années de tensions. Les États-Unis avaient déjà partagé des renseignements avec Bamako, contribuant à des opérations ciblées contre le JNIM. Avec ce nouveau cadre, Washington pourrait offrir des capacités technologiques et aériennes que Moscou ne fournit pas à ce jour.
Une coopération sécuritaire qui reprend vie
Les pourparlers portent notamment sur des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Un accord pourrait permettre aux États-Unis de déployer des drones et des avions pour observer les mouvements des groupes armés. Une avancée majeure pour des autorités maliennes en quête de solutions durables.
Moscou, un bilan contesté
Le partenariat avec la Russie promettait de stabiliser le pays, mais les résultats peinent à convaincre. Les attaques terroristes n’ont cessé d’augmenter depuis le départ des forces françaises en 2022. En 2022, l’année avait été la plus meurtrière de l’histoire du Mali, avec une intensification des violences. Malgré la présence des forces Wagner puis de l’Africa Corps, la situation reste critique.
En 2023, le département d’État américain a qualifié cette année de plus meurtrière encore, avec une augmentation des attaques et de leur létalité. Les données d’ACLED montrent aussi que les forces maliennes et leurs alliés russes ont causé la mort de 918 civils en 2025, contre 232 pour les groupes jihadistes. Ces chiffres interrogent sur l’efficacité réelle de l’intervention russe.
Des revers militaires qui pèsent
Les derniers mois ont été marqués par des défaites symboliques. En avril 2026, une offensive conjointe du JNIM et de combattants touaregs a infligé de lourdes pertes aux forces maliennes et à l’Africa Corps. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué dans un attentat, et des régions stratégiques comme Kidal ont été perdues. Ces événements ont ébranlé la confiance dans la capacité russe à garantir la sécurité.
Pragmatisme malien : vers une alliance à plusieurs partenaires
Bamako ne cherche pas à remplacer Moscou par Washington. La junte au pouvoir semble plutôt opter pour une stratégie de diversification. Après avoir misé sur la Russie pour remplacer l’Occident, elle reconnaît désormais que Moscou ne suffit pas à répondre à tous les besoins du pays.
Ce réalisme s’étend aussi à l’économie. La Russie reste un acteur important dans des secteurs comme l’exploitation de l’or ou du lithium, mais Bamako cherche à tirer profit de chaque alliance. Les États-Unis pourraient apporter des atouts complémentaires : technologies de pointe, renseignements stratégiques et soutien logistique.
L’ombre des groupes jihadistes
La menace terroriste persiste. Le JNIM et l’État islamique au Sahel continuent de perturber les axes logistiques, notamment ceux liés au carburant. En mars 2026, les autorités ont même libéré 200 détenus présumés jihadistes pour obtenir une trêve temporaire sur les attaques de convois. Une décision qui illustre l’urgence de trouver des solutions alternatives.
Que réserve l’avenir ?
Le Mali est à un tournant. Il ne s’agit pas d’une rupture avec la Russie, mais d’un repositionnement stratégique. Bamako semble désormais jouer la carte de la multipolarité, en sélectionnant les atouts de chaque partenaire.
Washington pourrait devenir un allié clé dans la lutte contre le terrorisme, tandis que Moscou conserverait une influence dans les domaines économique et militaire. Le pragmatisme malien pourrait bien redessiner l’équilibre géopolitique du pays pour les années à venir.