Le gouvernement du Mali a franchi une étape décisive dans sa stratégie de lutte contre le terrorisme. Jeudi dernier, les autorités ont annoncé la mise à prix de la tête d’Iyad Ag Ghaly, leader emblématique du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), pour une somme atteignant 2 milliards de francs CFA. Cette mesure vise également plusieurs de ses proches collaborateurs impliqués dans des activités subversives sur le territoire national.
Par le biais d’un communiqué officiel émanant du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le général de division Daoud Aly Mouhammedine, l’État malien sollicite la vigilance et la coopération des citoyens. L’objectif est d’obtenir des renseignements précis permettant de localiser ou de neutraliser sept individus identifiés comme des menaces majeures pour la stabilité du Mali. Cette offensive judiciaire et financière intervient environ deux mois après les assauts meurtriers ayant visé Kidal et Kati, des attaques coordonnées par les groupes djihadistes et les séparatistes du FLA.
Les détails des récompenses financières
Le dispositif de récompense annoncé par les autorités de transition se décline selon l’importance des cibles recherchées :
- Iyad Ag Ghaly, le chef suprême du JNIM : 2 milliards de francs CFA.
- Amadou Koufa, dirigeant de la katiba Macina, et Abdoulaye Mohamed (alias Habib) : 1,5 milliard de francs CFA chacun.
- Algabas Ag Intallah, figure centrale du Front de libération de l’Azawad (FLA) : 1 milliard de francs CFA.
- Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna, également cadres du FLA : 500 millions de francs CFA pour chacun d’entre eux.
Cette traque s’est intensifiée suite aux événements tragiques du 25 avril dernier, où des opérations conjointes entre le JNIM et le FLA ont causé la perte du ministre de la Défense, Sadio Camara.
Iyad Ag Ghaly : itinéraire d’un chef de guerre
Originaire de Boghassa dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghaly est une figure historique des rébellions dans le nord du Mali. Son parcours débute dans les années 1970 en Libye, où il a servi dans les légions de Mouammar Kadhafi avant de revenir au pays pour diriger le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) au début des années 1990.
Après une période d’accalmie suite aux accords de paix de 1992, il s’est radicalisé progressivement. En 2012, il fonde Ansar Dine, avant de prendre la tête, en 2017, du GSIM, une coalition ayant prêté allégeance à Al-Qaïda. Aujourd’hui, il est considéré comme la menace la plus sérieuse pour l’intégrité du Mali.
Sa stratégie a récemment évolué vers un harcèlement économique. En bloquant les axes de ravitaillement et en sabotant les infrastructures énergétiques, il tente d’asphyxier Bamako. L’objectif semble être de déstabiliser le pouvoir central en rendant le quotidien des populations insupportable. Par ailleurs, Iyad Ag Ghaly fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre commis il y a plus d’une décennie.
Restrictions sur la mobilité et le commerce
Face à cette insécurité persistante, de nouvelles mesures réglementaires ont été instaurées. L’utilisation des motocyclettes de moyenne et grosse cylindrée est désormais strictement encadrée, ces engins étant fréquemment utilisés par les groupes armés pour leur rapidité. Parallèlement, l’importation ainsi que la vente de motos et de pièces de rechange sont suspendues pour une durée d’un an. Les opérateurs économiques disposent d’un délai de trois mois pour recenser leurs stocks actuels sous peine de saisie.