Mali : un convoi exceptionnel de camions-citernes arrive à Bamako

Un convoi historique de 950 camions-citernes transportant des hydrocarbures a rejoint Bamako, offrant un répit inespéré à une ville asphyxiée par une pénurie de carburant sans précédent. Cette opération spectaculaire, menée sous haute protection des Forces armées maliennes (FAMa), survient après des semaines de tensions extrêmes dans les stations-service de la capitale, où l’approvisionnement s’est fait de plus en plus rare. L’économie malienne, déjà fragilisée, peinait à fonctionner normalement dans ce contexte de blocage des approvisionnements.

Une crise énergétique aux conséquences dévastatrices

Depuis la fin du mois de septembre, le Mali subit l’une des pires crises d’approvisionnement en carburant de son histoire récente. Les attaques récurrentes contre les convois de citernes, notamment sur l’axe Kayes-Bamako et la route en provenance de Côte d’Ivoire, ont fortement perturbé les livraisons. Les stations-service de Bamako affichent des files d’attente interminables, tandis que le prix de l’essence explose sur le marché noir, parfois frôlant le double du tarif officiel. Les répercussions sont lourdes : écoles à l’arrêt, transports en commun paralysés, industries légères en difficulté et commerces en souffrance.

Enclavé, le Mali dépend à 100 % des ports de Dakar, Abidjan, Lomé et Conakry pour ses importations de produits pétroliers. Cette dépendance logistique, déjà coûteuse en temps normal, devient un véritable casse-tête lorsque les axes sont ciblés par des groupes armés. Les attaques revendiquées par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) contre des camions-citernes se sont multipliées ces dernières semaines, transformant l’approvisionnement énergétique en une question de survie nationale.

La sécurité, nouvelle priorité des autorités

Pour acheminer ces 950 camions-citernes jusqu’à Bamako, les autorités maliennes ont déployé un dispositif de sécurité sans précédent. Les FAMa, soutenues par des moyens aériens, ont sécurisé l’intégralité du trajet depuis la frontière sud du pays. Cette militarisation des corridors pétroliers marque un tournant dans la gestion des flux commerciaux : l’État malien prend désormais en charge la protection des convois, une responsabilité autrefois laissée aux transporteurs privés.

Cette stratégie a un prix. Elle mobilise des moyens militaires considérables, allonge les délais de livraison et augmente mécaniquement le coût du carburant à la pompe. Elle révèle aussi les limites persistantes des autorités de transition dans leur quête de rétablissement de la libre circulation sur l’ensemble du territoire, malgré les opérations menées contre les groupes armés dans le centre et le nord du pays. Le partenariat militaire avec Moscou, via les forces de l’Africa Corps, n’a pas encore permis de stabiliser durablement les grands axes stratégiques.

Une vulnérabilité partagée par les pays du Sahel

Au-delà de l’urgence immédiate, cette crise met en lumière la dépendance structurelle des économies sahéliennes enclavées. Le Burkina Faso et le Niger, membres de la Confédération des États du Sahel (AES), sont eux aussi exposés à des risques similaires. Toute perturbation prolongée sur les corridors ouest-africains menace de fragiliser l’ensemble de la région, avec des conséquences en cascade sur les prix alimentaires, la production d’électricité et l’activité minière, véritable moteur économique de ces pays.

L’arrivée de ce convoi à Bamako devrait temporairement soulager le marché intérieur et permettre aux stations-service de reconstituer leurs stocks. Pourtant, cette trêve ne résout en rien les problèmes de fond : insécurité persistante sur les axes, absence totale de réserves stratégiques et dépendance totale aux ports étrangers. Les autorités évoquent des projets de constitution de stocks tampons et d’accélération de raffineries locales, mais ces solutions relèvent du long terme. En attendant, chaque convoi devient un symbole de la résilience malienne face à l’adversité.

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