Le 25 avril 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire récente du Mali. Les assauts coordonnés menés par le JNIM et le FLA ont provoqué un séisme stratégique, rappelant les heures sombres de 2012. En frappant de manière concomitante Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré, les groupes armés ont exposé les failles d’un système de défense de plus en plus dépendant de partenaires extérieurs. La perte de Kidal, notamment, vient contredire le discours de souveraineté porté par les autorités actuelles et souligne les difficultés du partenariat avec les forces russes face à l’insurrection.

Bamako sous haute pression
L’action conjointe du JNIM et du FLA marque une étape inquiétante dans la dégradation sécuritaire amorcée il y a plusieurs années. Longtemps cantonnés aux zones rurales septentrionales, les combattants du JNIM ont su étendre leur rayon d’action vers l’ouest et le sud du pays, touchant des localités autrefois préservées. Cette influence grandissante menace désormais la stabilité de pays voisins comme le Togo, le Bénin et le Nigeria. Malgré l’usage de drones de fabrication turque par les FAMA, la maîtrise du territoire reste un défi immense.
Depuis la fin de l’année 2025, une stratégie d’asphyxie économique vise la capitale, Bamako. En ciblant les flux logistiques et les approvisionnements en énergie, les insurgés cherchent à fragiliser la confiance de la population envers le pouvoir central. Plutôt qu’une conquête frontale de la ville, qui semble complexe au vu du rapport de force militaire, le JNIM privilégie une guerre d’usure psychologique. En instaurant des structures administratives et judiciaires dans les zones sous son influence, le groupe tente de se présenter comme un recours face à un État défaillant.
Le tournant symbolique de Kidal
Les événements du 25 avril ont porté un coup dur au moral des troupes régulières. À Kati, bastion du pouvoir, le ministre de la Défense Sadio Camara a perdu la vie lors des affrontements. Plus au nord, la reprise de Kidal par la coalition rebelle et djihadiste constitue un revers majeur. Cette ville, dont la reconquête en 2023 avait été célébrée comme un triomphe national, échappe à nouveau au contrôle gouvernemental, forçant les éléments d’Africa Corps à se replier.
Ce rapprochement tactique entre les indépendantistes touaregs du FLA et les islamistes du JNIM, bien que fondé sur des idéologies divergentes, a permis de bousculer les lignes de front. Si le FLA milite pour l’autonomie de l’Azawad et le JNIM pour l’application de la charia, leur hostilité commune envers la junte et ses soutiens russes a scellé une alliance de circonstance. Le JNIM a d’ailleurs durci le ton en annonçant un siège total de Bamako et en exigeant le départ définitif des forces russes du Mali.
Des alliances internationales en question
Malgré ces échecs, un retrait de la Russie ne semble pas envisagé par le Kremlin, qui souhaite maintenir sa présence en Afrique à travers le modèle sécuritaire d’Africa Corps. Parallèlement, la Turquie renforce son implication, notamment via la société SADAT, active dans la protection des hautes personnalités et la formation des unités d’élite. Cette diversification des appuis extérieurs montre la volonté de Bamako de ne pas dépendre d’un seul partenaire.
Au niveau régional, l’Alliance des États du Sahel (AES) reste prudente. Si le Niger et le Burkina Faso ont exprimé leur solidarité, aucune intervention militaire directe n’a été déclenchée pour soutenir le Mali, chaque nation étant déjà accaparée par ses propres défis sécuritaires. En revanche, l’Algérie semble vouloir reprendre la main sur le dossier sahélien, forte de ses liens historiques avec les mouvements touaregs, tandis que le Maroc poursuit son offensive diplomatique avec l’Initiative Atlantique.
Un risque réel de déstabilisation régionale
La situation actuelle fait peser une menace de contagion sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Si le FLA limite ses ambitions au nord du Mali, le JNIM possède une vision transnationale. Un affaiblissement durable des institutions maliennes pourrait transformer le pays en base arrière pour des opérations visant le Sénégal, la Mauritanie ou les pays du golfe de Guinée.
Enfin, la pression exercée par les groupes armés, couplée à une répression interne accrue, fait craindre l’émergence de tensions au sein même de l’appareil d’État. L’hypothèse d’un bouleversement interne n’est plus à exclure, ce qui offrirait une opportunité supplémentaire aux insurgés pour consolider leurs positions. La crise actuelle révèle ainsi les limites d’une stratégie sécuritaire qui peine à assurer la protection durable des populations civiles.