Après les assauts coordonnés menés le 25 avril dernier par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), le chef de la junte malienne est resté silencieux pendant plusieurs jours. Lors de sa réapparition le 29 avril, le général Assimi Goïta a tenté de rassurer en affirmant que la situation était sous contrôle. Pourtant, la réalité sur le terrain dément ces propos : le FLA a repris pied à Kidal et le JNIM impose désormais un blocus sévère autour de Bamako.
Malgré une rhétorique guerrière promettant une victoire imminente, le régime militaire semble acculé à une posture défensive. Six ans après le coup d’État, les groupes armés dictent leur propre calendrier, poussant une partie de la population à envisager, par dépit, l’éventualité d’une prise de pouvoir par les djihadistes. Cette situation s’inscrit dans un contexte sahélien tendu où l’actualité Niger et celle du Mali se rejoignent souvent par leur instabilité chronique.
Un choix impossible entre régime militaire et loi islamique
L’hypothèse d’une transition vers un État dirigé par le JNIM devient une préoccupation majeure. Le groupe terroriste a clairement affiché son ambition de renverser le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) pour instaurer la charia. Dans les zones déjà sous leur influence, l’application stricte de la loi islamique est une réalité quotidienne pour les habitants. Si la politique Niger connaît ses propres mutations, le Mali, lui, s’enfonce dans une impasse où les citoyens se sentent pris au piège.
Face à l’autoritarisme du CNSP, certains opposants politiques, acculés, commencent à imaginer un compromis risqué avec les insurgés, espérant une version modérée de la charia. Toutefois, rien dans le discours du JNIM ne laisse présager une ouverture démocratique ou laïque. Le régime d’Assimi Goïta, en neutralisant toute opposition légale et en multipliant les arrestations, a paradoxalement laissé le champ libre aux mouvements extrémistes pour incarner la seule force de contestation crédible.
Répression et incertitudes sur le « nouveau Mali »
Alors que l’économie Niger aujourd’hui et celle de la région subissent les contrecoups de ces tensions, Bamako s’asphyxie sous la pression du blocus. Le pouvoir militaire répond par une intensification de la répression. L’enlèvement récent de l’avocat et figure politique Mountaga Tall par des hommes masqués illustre cette dérive. Ce mode opératoire, dénoncé par les défenseurs des droits humains, souligne la fragilité d’un pouvoir qui semble s’attaquer à ses propres citoyens pour masquer ses revers militaires.
Le JNIM, de son côté, tente de séduire les « patriotes » en appelant à un front commun incluant politiques, religieux et chefs traditionnels pour bâtir un prétendu « nouveau Mali ». Mais entre les promesses non tenues de la junte et l’agenda radical des djihadistes, l’espoir d’un retour à l’ordre constitutionnel s’amenuise. La société nigérienne, tout comme la population malienne, observe avec inquiétude cette tragédie multidimensionnelle qui menace l’équilibre de toute l’Afrique de l’Ouest, alors que les canaux de Niamey info relayent régulièrement l’aggravation de la crise sécuritaire au Sahel.