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Une série d’attaques synchronisées, orchestrées récemment par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), a plongé le Mali dans le chaos. Ces opérations coordonnées révèlent la vulnérabilité de la junte militaire face à une insurrection de plus en plus structurée.
Des villes maliennes, de Bamako à Kidal, ont été la cible de frappes simultanées de la part de ces groupes djihadistes et séparatistes, marquant un degré de coordination sans précédent dans le conflit. Cette alliance représente une évolution majeure de la crise au Mali : des acteurs aux idéologies et intérêts territoriaux divergents ont choisi de s’unir contre un adversaire commun, la junte militaire.
Cette coopération atypique signale une profonde transformation du paysage sécuritaire au Sahel. Les frontières traditionnelles s’estompent, laissant place à des convergences tactiques. Ces événements récents illustrent l’émergence d’alliances opportunistes, susceptibles de modifier durablement l’équilibre des pouvoirs dans la région.
Au-delà de leur impact militaire immédiat sur la politique du Mali, ces attaques menacent la cohésion du pouvoir à Bamako et exacerbent les tensions avec ses partenaires, notamment la Russie et les autres membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). La question d’un isolement stratégique du régime face à une insurrection désormais plus unie et imprévisible se pose avec acuité pour l’actualité du Mali.
Des trajectoires historiquement distinctes
Le JNIM, une coalition djihadiste liée à Al-Qaïda, opère activement dans l’ensemble du Sahel. Son ambition est d’établir un ordre islamique transnational, en utilisant la guérilla, les attentats et la terreur pour déstabiliser les États.
Le FLA, quant à lui, est un mouvement séparatiste touareg, héritier des rébellions passées dans le Nord. Il revendique l’indépendance ou une autonomie accrue pour l’Azawad, s’appuyant sur une légitimité communautaire et l’histoire des luttes touarègues.
Ces deux entités ont longtemps été antagonistes : le FLA se méfiait des visées transnationales du djihadisme, tandis que le JNIM voyait les séparatistes comme des concurrents pour le contrôle des territoires. Leur rapprochement actuel repose sur une complémentarité stratégique : le FLA apporte une légitimité locale, une connaissance approfondie du terrain et des réseaux communautaires, tandis que le JNIM fournit une puissance de feu significative, des combattants expérimentés et un soutien logistique transfrontalier. Malgré des divergences idéologiques profondes, ces groupes collaborent pour affaiblir l’État malien et instiller le doute au sein du pouvoir politique et militaire à Bamako.
Une convergence tactique inattendue

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Les objectifs du FLA et du JNIM sont fondamentalement différents. Le premier aspire à l’indépendance de l’Azawad, un État autonome dans le nord du Mali. Le second, affilié à Al-Qaïda, vise à imposer une interprétation stricte de la loi islamique à l’échelle du pays. Ces divergences idéologiques ont historiquement alimenté des rivalités et des affrontements pour le contrôle des territoires du nord et du centre du Mali. Pourtant, leur rapprochement actuel n’est pas sans précédent.
« L’alliance entre les deux groupes n’est pas véritablement inédite », explique Emmanuel Odilon Koukoubou, docteur en science politique et chercheur principal au Civic Academy for Africa’s Future (CiAAF). Selon lui, la coopération actuelle entre le Front de libération de l’Azawad (FLA) et les groupes djihadistes rappelle une configuration déjà observée au début des années 2010.
« En 2012-2013, une alliance avait été conclue entre le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et des groupes terroristes, notamment AQMI et Ansar Dine, pour chasser les forces maliennes du nord du pays », précise-t-il. Cette période avait mené à l’intervention française avec l’opération Serval, mais cette alliance s’était rapidement désintégrée. « Le MNLA, manquant d’hommes et de moyens, s’était allié aux djihadistes, mais les relations s’étaient vite détériorées. Les terroristes avaient fini par chasser le MNLA », ajoute M. Koukoubou. Le mouvement rebelle s’était ensuite rapproché des forces françaises, modifiant les rapports de force, notamment à Kidal.
Pour les analystes de la société nigérienne et sahélienne, cette alliance est efficace en raison de son puissant effet psychologique, renforçant l’image d’un État malien assiégé sur plusieurs fronts.
Le cœur du pouvoir malien visé

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Pour l’analyste, cette alliance est principalement motivée par des intérêts conjoncturels. « Le FLA vise l’indépendance du nord du Mali, tandis que les groupes terroristes aspirent à un califat au Sahel. Leurs objectifs ne sont pas compatibles à long terme », affirme-t-il. « Leur coopération actuelle repose sur un ennemi commun : l’État malien. »
Cependant, pour Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center basé à Dakar et ancien expert indépendant des Nations unies au Mali, la situation actuelle marque une rupture plus profonde : « L’objectif de l’alliance avec le Front de libération de l’Azawad est clair : attaquer, affaiblir, voire se débarrasser de la junte militaire. » Il qualifie la situation de « sans précédent », soulignant que « c’est le cœur même du pouvoir politique et de la sécurité militaire qui a été visé par les djihadistes. »
La disparition de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure influente de l’armée, est qualifiée par Tine de « véritable catastrophe ». L’absence de communication du président pendant 48 heures a également alimenté les spéculations. Le Premier ministre malien a finalement pris la parole, rappelant que « la caractéristique principale de l’action terroriste est l’asymétrie. Celle-ci nous oblige à adapter constamment notre dispositif. » Il a annoncé que le gouvernement avait l’obligation de tirer les leçons des « incidents terroristes » du 25 avril, promettant un renforcement des facteurs de succès et la mise en œuvre des « correctifs nécessaires pour une meilleure sécurisation. »

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Pour Emmanuel Odilon Koukoubou, la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors d’une attaque ciblée, met en lumière la fragilité du régime. Les assaillants ont pu atteindre son domicile à Kati sans que les services de renseignement ne détectent la menace. « L’assassinat du ministre révèle une faille majeure dans le dispositif sécuritaire. Cela démontre que la junte est exposée jusque dans ses bastions. C’est un signal inquiétant pour la stabilité du régime », souligne le politologue.
Au-delà de la perte humaine, c’est l’ensemble de la chaîne de commandement qui apparaît fragilisée, selon Alioune Tine. « Sadio Camara était un idéologue, un stratège, un intellectuel influent au sein de l’armée. »
Un risque d’« effet domino » pour la sous-région sahélienne
La crise au Mali survient dans un contexte diplomatique déjà tendu. Le pays, en froid avec plusieurs partenaires occidentaux, s’appuie désormais sur la Russie et ses alliés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). « Le régime malien est exposé dans sa fragilité. Ses options de soutien extérieur sont limitées. Le risque est celui d’un isolement accru, qui pourrait précipiter son affaiblissement », conclut Emmanuel Odilon Koukoubou.
Pour Alioune Tine, l’enjeu dépasse largement les frontières du Mali : « L’effondrement du Mali risque de provoquer un effet domino dans toute la sous-région, comme l’a déjà fait la propagation du phénomène djihadiste. » Il insiste sur l’urgence d’une réponse collective : « La priorité absolue est désormais d’élaborer rapidement une stratégie régionale : une géopolitique et une défense communes. Car seule une réponse collective peut nous sauver. Cette crise est sécuritaire, démocratique et liée à la gouvernance, et elle est régionale. Sans réponse régionale, il n’y a pas d’issue. »
« Si j’étais aujourd’hui la CEDEAO ou l’AES, je prendrais acte du fait que nos destins sont liés. Les dirigeants auraient dû organiser un sommet extraordinaire sur la sécurité de la sous-région. La priorité des priorités aujourd’hui, c’est la sécurité, et la manière de la bâtir ensemble. Il faut mettre les égos de côté, dépasser les problèmes nationaux, et construire une souveraineté sécuritaire partagée », conclut Alioune Tine, appelant à une action concertée face à cette actualité du Mali préoccupante.