Est-il envisageable d’ouvrir des discussions avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) ? Comment échanger avec les mouvements armés du nord sans fragmenter l’unité nationale du Mali ? Quel pourrait être le rôle de l’imam Mahmoud Dicko dans une future transition ? Étienne Fakaba Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), livre une analyse approfondie sur les perspectives de paix. Pour ce cadre politique, une certitude demeure : « dialoguer n’est pas s’allier ».
L’impact du blocus et la situation à Bamako
La situation sécuritaire actuelle, notamment autour de Bamako, soulève de vives inquiétudes. Le blocus imposé dans certaines zones ne peut être perçu comme une réussite, car il asphyxie avant tout les populations civiles. Dans la capitale, l’approvisionnement devient précaire, provoquant une hausse des prix qui pèse lourdement sur le quotidien des familles maliennes. La maîtrise des axes logistiques est une question de souveraineté nationale. Une réponse uniquement militaire montre aujourd’hui ses limites ; il est impératif d’y adjoindre une stratégie politique pour sécuriser les corridors et protéger les citoyens.
La CFR : une alternative civile pour le Mali
Depuis sa création fin 2025, la Coalition des Forces pour la République (CFR) s’est imposée comme une plateforme de sauvegarde nationale. Le mouvement répond à un besoin de renouveau politique, loin des structures partisanes classiques. L’objectif est de proposer une voie médiane entre le maintien du pouvoir militaire et l’immobilisme. Contrairement à certaines interprétations, la CFR n’est pas l’aile politique du Front de libération de l’Azawad (FLA). Bien que le dialogue soit ouvert avec tous les acteurs, le mouvement reste strictement civil et s’oppose fermement à toute partition du Mali.
Vers une transition civile de sauvegarde
Face aux menaces d’effondrement de l’État, la réflexion sur une transition civile devient cruciale. Ce processus ne doit pas être une simple réaction à la violence, mais un projet structuré visant à restaurer les libertés publiques et à préparer une nouvelle Constitution. Dans ce schéma, l’élection présidentielle constituerait l’aboutissement d’un consensus national et non un point de départ précipité. Quant à l’imam Mahmoud Dicko, son influence pourrait servir d’autorité morale pour apaiser les tensions sociales, sans pour autant occuper des fonctions exécutives, lesquelles doivent revenir à des institutions civiles élues.
Les conditions d’un dialogue avec le JNIM
Le dialogue avec le JNIM est envisagé comme un outil pour stopper les hostilités, mais il comporte des lignes rouges non négociables. L’affiliation de ce groupe à Al-Qaïda reste un obstacle majeur. Pour la CFR, tout processus de paix exige :
- Le respect absolu de l’unité du Mali ;
- Le maintien du caractère républicain de l’État ;
- La rupture définitive avec les agendas terroristes transnationaux ;
- La fin des exactions contre les civils et la lutte contre l’impunité.
Décentralisation et restauration de l’État
Le débat sur la gouvernance territoriale dépasse largement la question religieuse. Le véritable défi réside dans l’absence de l’État de proximité. Dans de nombreuses régions, les services publics sont inexistants, poussant les populations vers des médiations locales. La CFR préconise une régionalisation poussée où les collectivités disposent de ressources réelles, tout en restant sous l’égide d’une République unitaire. Cette refondation vise à rendre l’État « utile » en priorité dans les secteurs de l’éducation, de la justice et de la sécurité. Le salut du Mali ne dépendra pas d’un homme providentiel, mais d’un pacte national solide et inclusif.