Mali Algérie : un dégel diplomatique sous haute tension

Après une année marquée par des tensions extrêmes, le Mali et l’Algérie ont finalement acté la réouverture de leurs relations diplomatiques. Une annonce intervenue la semaine dernière et qui a surpris plus d’un observateur. Pendant des mois, Bamako accusait ouvertement Alger de soutenir indirectement les groupes armés opérant à leur frontière commune, notamment les jihadistes du Jnim affiliés à al-Qaïda, ainsi que les indépendantistes du FLA. Mais quels sont les véritables motifs de ce rapprochement ? Quel rôle a joué le Niger, ou encore la Russie, dans cette détente ? Et surtout, cette réconciliation a-t-elle de réelles chances de durer ?

Le général Assimi Goïta, président de transition du Mali, lors du sommet de l'Alliance des États du Sahel à Bamako en décembre 2025.

Un retour à la normale après des mois de rupture

Après plus d’un an sans ambassadeur réciproque, les deux pays ont décidé de rétablir leurs représentations diplomatiques et d’ouvrir à nouveau leurs espaces aériens mutuels. Une décision qui intervient dans un contexte où les relations entre Bamako et Alger étaient au plus bas. Le Mali avait même accusé l’Algérie de complicité avec les groupes armés, une allégation que Alger rejette catégoriquement. Mais derrière cette annonce se cachent probablement des enjeux plus complexes.

Selon les analyses de Michaël Béchir Ayari, spécialiste de l’Algérie au sein de l’International Crisis Group (ICG), ce dégel ne serait pas le fruit du hasard. Le Niger aurait joué un rôle clé dans cette médiation, notamment après avoir lui-même renoué avec Alger en début d’année. Une initiative qui aurait permis de créer un pont entre Bamako et Alger.

Quant à la Russie, si elle n’aurait pas directement orchestré ce rapprochement, des discussions entre Moscou et Alger ne sont pas à exclure. Les observateurs s’accordent à dire que la Russie aurait poussé le Mali à adopter une posture plus conciliante envers son voisin algérien, dans le cadre d’une stratégie régionale plus large.

Une stratégie militaire malienne incompatible avec le dialogue ?

Depuis le coup d’État de 2020, les autorités maliennes de transition ont adopté une ligne dure face aux groupes armés, refusant tout dialogue avec les jihadistes du Jnim ou les indépendantistes du FLA. Une position qui a conduit à l’abandon de l’accord de paix de 2015, négocié en grande partie à Alger. Mais avec ce dégel, cette approche pourrait-elle évoluer ?

Pour Michaël Ayari, un accord tacite semble avoir été conclu, où la primauté du politique sur le militaire serait une condition essentielle. Même si le retour pur et simple à l’accord d’Alger semble peu probable, une initiative politique pourrait émerger, notamment avec le FLA. Car, comme il le souligne, « personne n’a intérêt à ce que le Mali sombre », y compris l’Algérie.

Cependant, cette hypothèse reste fragile. Plusieurs obstacles pourraient freiner une telle évolution : des tensions internes au régime malien, une opinion publique opposée à tout compromis, ou encore des acteurs internationaux jouant les perturbateurs. Une reprise de la coopération sécuritaire entre les deux pays serait le premier signe tangible de cette détente.

L’Algérie entre équilibre et réalisme

L’Algérie a toujours adopté une position équilibrée vis-à-vis des groupes armés au Mali. Elle maintient des contacts avec certains leaders du FLA, tout en évitant de trop s’engager aux côtés de Bamako pour ne pas perdre son influence sur les rebelles. Une stratégie qui vise à préserver ses intérêts, notamment la stabilité de sa propre frontière sud.

Cette neutralité apparente n’a pas empêché le Mali de l’accuser de complicité. Pourtant, selon les analystes, Alger reste avant tout pragmatique. Elle ferme parfois les yeux sur certaines activités des groupes armés, mais sans pour autant les soutenir activement. Une approche qui lui permet de conserver une marge de manœuvre dans la région.

Quant à la présence en Algérie de l’imam Dicko, opposant malien en exil, son avenir dépendra de la solidité de l’accord. S’il est respecté, il devra probablement adopter un profil bas. Une extradition semble exclue, mais son rôle dans le débat public malien serait alors réduit à néant.

Un dégel prometteur, mais fragile

Malgré les communiqués officiels, ce rapprochement reste précaire. Comme le rappelle Michaël Ayari, « il y a eu des rechutes dans le passé ». Plusieurs éléments pourraient faire dérailler cette détente : une escalade militaire, des tensions internes au Mali, ou encore des pressions internationales.

Pour l’instant, tout le monde semble vouloir donner une chance à la paix. Mais le chemin vers une stabilité durable sera semé d’embûches. La première étape consistera à renforcer la coopération sécuritaire entre les deux pays et à clarifier les dossiers en suspens, comme l’incident du drone abattu en avril 2025. Un dossier qui, bien que officiellement clos, laisse des traces.

En définitive, ce dégel est une lueur d’espoir, mais sa pérennité dépendra de la volonté des deux parties à respecter leurs engagements. Une chose est sûre : le Mali et l’Algérie doivent maintenant passer des mots aux actes.

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