Le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, le général Ali Ahmat Aghabache, s’est présenté devant les sénateurs pour répondre aux inquiétudes croissantes liées à l’instabilité dans plusieurs provinces du Tchad. Sous la direction du Dr Haroun Kabadi, président du Sénat, cette audition a permis de faire la lumière sur les racines des tensions communautaires et les stratégies gouvernementales pour y remédier.
Un état des lieux alarmant des zones de tension
Le président de la chambre haute a rappelé que, malgré les efforts de déploiement des forces de l’ordre, des foyers de violence persistent. Des heurts meurtriers ont notamment endeuillé le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat et le Hadjar-Lamis au cours de l’année 2025. De même, la province du Logone Occidental a été le théâtre d’affrontements entre agriculteurs et éleveurs à Mandakao, bien qu’un pacte de réconciliation ait été conclu ultérieurement.
Face à ces faits, le général Ali Ahmat Aghabache a exprimé sa profonde sympathie envers les familles des victimes. Il a souligné que ces drames ne se limitent pas à une seule localité mais touchent diverses régions telles que le Wadi, le Sila, le Bahr El-Ghazal ou encore le Wadi Fira.
Les causes profondes de l’insécurité au Tchad
Pour le ministre, si la sécurité globale est maintenue, des zones de fragilité subsistent. Il a identifié plusieurs facteurs clés qui alimentent ce cycle de violences :
- Compétition pour les ressources : L’accès aux points d’eau et aux terres fertiles provoque des heurts, particulièrement durant la saison des pluies, lorsque le bétail endommage les cultures.
- Pressions climatiques et démographiques : La sécheresse au nord pousse les éleveurs vers le sud, augmentant la densité de population sur des terres agricoles déjà exploitées.
- Insuffisance du cadre légal : Le manque de délimitation précise des couloirs de transhumance et des droits fonciers génère des litiges permanents.
- Exploitation politique : Certains leaders utilisent les clivages tribaux à des fins partisanes, affaiblissant le sentiment de citoyenneté nationale au profit de l’identité ethnique.
- Menaces transfrontalières : La porosité des frontières favorise le trafic d’armes automatiques, rendant les conflits traditionnels beaucoup plus meurtriers.
Le bilan humain pour l’année 2025 est lourd, avec 318 décès et 315 blessés recensés suite à ces affrontements.
Une riposte sécuritaire et sociale en marche
En réponse aux interrogations des sénateurs sur les mesures concrètes, le ministre a dévoilé des résultats significatifs. Entre 2024 et 2025, les opérations de la police et de la gendarmerie ont permis la saisie de plus de 4 000 armes à feu et l’interpellation de 1 300 individus impliqués dans le grand banditisme. Des saisies de stupéfiants ont également été opérées.
Concernant les zones spécifiques, des efforts sont déployés pour contrer les enlèvements contre rançon dans le Mayo-Kebbi Ouest et les incursions de Boko Haram dans la province du Lac. L’identification des étrangers et la création de nouveaux commissariats, comme récemment à Abéché dans le Ouaddaï, font partie des priorités pour restaurer l’autorité de l’État et rassurer les populations.
En conclusion, le général Ali Ahmat Aghabache a appelé à une synergie entre les forces de sécurité, les chefs traditionnels et les élus pour promouvoir la cohésion sociale, affirmant que la solution ne peut être uniquement militaire, mais doit aussi passer par le dialogue et la sensibilisation.