Dans les vastes étendues de l’Est et de l’Adamaoua, la ruée vers l’or s’intensifie chaque jour un peu plus. Des centaines de sites miniers artisanaux et semi-industriels parsèment ces régions, sans que les autorités camerounaises ne parviennent à enrayer ce phénomène. Pourtant, derrière cette effervescence se cache un système opaque où des fortunes s’échappent vers les marchés internationaux, notamment vers Dubaï, sans que l’État ne perçoive sa juste part.
Les réseaux criminels, bien organisés, bénéficient de complicités locales à tous les niveaux. Des fonctionnaires véreux aux intermédiaires sans scrupules, en passant par des chefs traditionnels complices, tous participent activement à ce pillage organisé. Les méthodes employées pour contourner la réglementation sont multiples : faux documents, fausses déclarations, et transferts illicites de minerais vers des pays tiers avant réexportation vers les Émirats arabes unis.
Selon les experts, ce trafic représente des pertes colossales pour le Cameroun. Chaque année, des centaines de millions de dollars en or camerounais quittent le pays illégalement, privant les caisses de l’État de ressources vitales. Les sites miniers, souvent situés dans des zones reculées et difficiles d’accès, échappent à tout contrôle fiscal et douanier efficace.
Les mineurs artisanaux, eux, peinent à tirer profit de leur labeur. Exploités par des réseaux qui leur avancent du matériel en échange d’une partie de leur production, ils vivent dans des conditions misérables. Pourtant, leur travail alimente une économie parallèle qui enrichit une poignée d’individus sans foi ni loi.
Face à cette situation, les autorités camerounaises multiplient les promesses de réformes, mais les résultats concrets se font encore attendre. Les contrôles sont rares, les sanctions inexistantes, et la corruption gangrène les institutions chargées de réguler ce secteur. Pourtant, le Cameroun regorge de ressources naturelles. Alors, comment expliquer que ces richesses s’envolent au lieu de contribuer au développement du pays ?
Un système criminel bien huilé
Les investigations menées dans ces régions révèlent l’existence de véritables filières d’exportation illégale. Les minerais sont souvent acheminés vers des pays voisins comme le Tchad ou la République centrafricaine, où les contrôles sont encore plus laxistes. De là, ils sont réexpédiés vers Dubaï, où l’or est fondu et réintégré dans le marché légal sous une nouvelle identité.
Les intermédiaires, souvent des hommes d’affaires locaux ou des étrangers en quête de profits rapides, jouent un rôle clé dans ce trafic. Ils achètent l’or aux mineurs à des prix dérisoires, puis le revendent à des grossistes qui se chargent de l’acheminement vers l’étranger. Les sommes en jeu sont telles que les risques encourus – arrestations, saisies – ne suffisent pas à dissuader ces réseaux.
Les conséquences pour le Cameroun
Les répercussions de ce trafic illégal sont multiples. D’abord, une perte financière énorme pour l’État, qui pourrait financer des infrastructures, des écoles ou des hôpitaux avec ces ressources. Ensuite, une détérioration de l’image du Cameroun sur la scène internationale, où ce pays est perçu comme un eldorado de la contrebande. Enfin, une aggravation de l’instabilité dans les régions minières, où la criminalité et les conflits pour le contrôle des sites miniers se multiplient.
Pourtant, des solutions existent. Renforcer les contrôles aux frontières, instaurer des sanctions exemplaires contre les fraudeurs, et offrir aux mineurs artisanaux des alternatives économiques viables pourraient inverser la tendance. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique sans faille et une lutte acharnée contre la corruption.
En attendant, l’or camerounais continue de quitter le pays en catimini, tandis que les populations locales restent plongées dans la précarité. Une situation qui interroge : jusqu’à quand le Cameroun fermera-t-il les yeux sur ce pillage organisé ?
L’or camerounais, une manne détournée vers Dubaï
Dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, l’or s’extrait dans l’ombre. Les réseaux criminels, aidés par des complices locaux, exportent clandestinement des centaines de millions de dollars de minerais vers les Émirats arabes unis. Une enquête sur un pillage qui prive le Cameroun de ses richesses.