Le dimanche 26 mai 2024, l’obscurité s’installe sur Zemio, une localité de la préfecture du Haut-Mbomou marquée par des tensions communautaires persistantes. Dans un établissement local, l’ambiance est à la détente. On s’apprête à saluer le départ de deux experts après une mission de terrain. Parmi eux, Joseph Figueira, un chercheur belgo-portugais reconnu pour son expertise sur les populations Peuls, et un collègue ivoirien basé en République démocratique du Congo.
Mandatés par l’organisation américaine FHI 360 pour le compte de l’Usaid, ils venaient de passer 48 heures à évaluer les besoins pour un projet de prévention des conflits. Alors qu’ils partagent des rafraîchissements avec une cinquantaine de convives, l’événement est brutalement interrompu. Trois membres du groupe Wagner, agissant comme force d’appui en Centrafrique, font irruption, accompagnés d’un gendarme centrafricain servant d’interprète.
Une arrestation hors de tout cadre légal
Sans aucune explication formelle, les paramilitaires s’emparent de Joseph Figueira. L’humanitaire n’a même pas la possibilité de récupérer ses effets personnels ou ses documents d’identité restés dans les bureaux de l’ONG partenaire. Menotté, il est conduit vers l’aérodrome local pour y être détenu.
Pourtant, le chercheur était en situation parfaitement régulière sur le territoire centrafricain. Arrivé neuf jours plus tôt, il avait multiplié les rencontres avec des responsables officiels à Bangui et en province pour coordonner ses recherches. Cette transparence n’a pas empêché les hommes de Wagner de l’embarquer de force dans un avion. Durant ce transfert illégal, Joseph Figueira, la tête recouverte d’une cagoule, a subi des violences physiques, le laissant le nez en sang.
Les coulisses d’une stratégie d’influence
Cette opération s’inscrit dans un contexte plus large de surveillance des acteurs internationaux en République centrafricaine. Des éléments d’analyse indiquent que cette action émane d’une structure de communication et d’influence, autrefois pilotée par Evgueni Prigojine et désormais intégrée aux services de l’État russe, visant à entraver le travail des humanitaires et des chercheurs étrangers dans les zones instables du pays.