L’échec d’une stratégie basée sur le mercenariat au Mali
Depuis que la junte au pouvoir a sollicité l’intervention de mercenaires russes en 2021, la situation sécuritaire au Mali s’est considérablement dégradée. En focalisant ses ressources militaires sur la traque des rebelles touaregs dans les régions septentrionales, Bamako a laissé un vide sécuritaire. Cette brèche a permis au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ainsi qu’à l’État islamique dans le Grand Sahara d’étendre leur influence et d’asphyxier l’économie nationale par des blocus stratégiques.
Une répression brutale aux conséquences contre-productives
L’appui de l’Africa Corps russe s’est traduit par une approche militaire particulièrement violente. Des milliers de civils, souvent ciblés sur de simples bases ethniques, ont perdu la vie lors d’opérations de ratissage. Ces exécutions sommaires, notamment lors du massacre de Moura au centre du pays où des centaines de Peuls ont été exécutés, ont servi de puissant levier de recrutement pour les groupes terroristes, exacerbant la colère des populations locales contre les autorités de transition.
Pendant que les forces conjointes s’épuisaient dans des offensives de propagande dans le désert, le GSIM renforçait son emprise autour de Bamako. Cette erreur stratégique a permis aux insurgés d’encercler la capitale et d’interrompre le trafic de marchandises vitales en provenance de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.
De la rupture diplomatique au revers de Tin Zaouatine
Le basculement sécuritaire a débuté après la rupture des relations avec la France, qui dirigeait auparavant les opérations Barkhane et Serval. Ces missions avaient permis de stabiliser le Nord et de jeter les bases des Accords d’Alger. En abandonnant ce pacte de paix en janvier 2024 et en expulsant la MINUSMA, la junte a relancé un conflit frontal avec le Front de libération de l’Azawad (FLA).
Le revers le plus cinglant a eu lieu en juillet 2024 à Tin Zaouatine. Une embuscade dévastatrice menée par les combattants touaregs a causé la perte de près de 50 soldats maliens et de plus de 80 mercenaires russes. Ce désastre a marqué la fin de l’ère Wagner, remplacée officiellement par l’Africa Corps, une structure désormais plus prudente qui rechigne à quitter ses bases.
Une survie politique payée au prix fort
Le coût de ce partenariat est estimé à 10 millions de dollars par mois, une somme que le Mali continue de verser malgré des résultats de plus en plus limités sur le terrain. En avril dernier, lors d’une offensive combinée du GSIM et du FLA, la ville de Kidal est retombée aux mains des rebelles alors que les mercenaires prenaient la fuite. Le même jour, le ministre de la Défense perdait la vie dans une attaque distincte.
Aujourd’hui, l’Africa Corps semble avoir délaissé la reconquête territoriale pour se concentrer sur la protection directe du régime. Entre la surveillance de l’aéroport international de Bamako et l’escorte de convois de carburant, les paramilitaires russes font office d’assurance-vie pour une junte isolée, incapable de négocier avec ses opposants armés et de plus en plus contestée par une population privée d’infrastructures de base.