L’Espagne exhorte l’Europe à la prudence face à la crise de Ceuta et la désinformation

Madrid a officiellement demandé aux gouvernements européens de s’abstenir de toute critique publique envers le Maroc concernant son implication dans la récente crise migratoire de Ceuta. Cette requête, formulée lors d’une réunion en ligne des ministres de l’Intérieur, visait à apaiser les tensions alors que de nombreuses interrogations persistaient sur la façon dont près de 72 000 individus avaient pu pénétrer si rapidement sur le territoire espagnol en Afrique du Nord.

L’appel de l’Espagne met en lumière la détermination de l’Union Européenne à préserver ses relations avec un partenaire stratégique, dont la collaboration est jugée indispensable pour la gestion future des flux migratoires vers l’Europe. Le Maroc représente également un allié de longue date pour l’UE en matière de lutte contre le terrorisme et de partage de renseignements.

Interrogé sur la responsabilité de cette crise, Fernando Grande-Marlaska, ministre espagnol de l’Intérieur, a affirmé qu’il n’y avait « pas nécessairement quelqu’un à blâmer ». Hormis une discrète allusion du ministre de la Défense, l’Espagne a maintenu une ligne de non-critique publique envers Rabat.

Certains observateurs occidentaux suggèrent que le Maroc aurait, au moins implicitement, permis l’afflux vers Ceuta, l’incident pouvant être interprété comme un avertissement politique à l’adresse de Madrid.

La situation a également été exacerbée par la propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux. Celles-ci faisaient état d’un prétendu arrêt de la Cour suprême espagnole interdisant les retours forcés « immédiats » de migrants irréguliers arrivés par voie maritime à Ceuta et Melilla.

Des responsables occidentaux ont également noté une réaction « très rapide et à grande échelle » de la part d’acteurs de l’écosystème de désinformation russe suite aux événements à la frontière hispano-marocaine.

Si Friedrich Merz, le chancelier allemand, a explicitement appelé le Maroc à assumer ses responsabilités et à reprendre les migrants, d’autres dirigeants de l’UE ont évité de mentionner la responsabilité du royaume. Cette prudence intervient alors que des experts et de nombreux reportages se questionnaient sur la possibilité d’un passage d’une telle ampleur sans un relâchement des contrôles frontaliers marocains, habituellement rigoureux.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a réitéré le principe selon lequel les migrants ne devraient pas être instrumentalisés pour exercer des pressions sur l’UE, tout en s’abstenant de nommer directement le Maroc. Elle a par ailleurs évoqué la possibilité d’accroître le soutien financier au Maroc, dans le cadre d’une réflexion de la Commission européenne sur le renforcement des liens avec Rabat.

L’accent sur la désinformation

Plutôt que de désigner ses partenaires majeurs, la réponse européenne a largement orienté l’attention sur le rôle des passeurs et sur l’hypothèse que la désinformation via les réseaux sociaux aurait amplifié les messages des réseaux criminels.

Ce discours est en phase avec celui que Rabat a souhaité promouvoir. Rachid Khalfi, porte-parole du ministère de l’Intérieur marocain, a imputé la responsabilité à « l’exploitation de l’espace numérique » qui aurait donné l’impression qu’entrer en Europe via Ceuta est aisé et sans conséquences légales.

Le Maroc a également pointé du doigt la décision de justice espagnole qui aurait déclenché ces spéculations, arguant que Madrid aurait dû anticiper de telles répercussions.

Magnus Brunner, commissaire européen chargé des migrations, a annoncé qu’Europol, l’agence de l’UE pour le soutien aux forces de l’ordre, investigue sur d’éventuelles campagnes de désinformation liées à la crise.

Les ambassadeurs et ministres de l’UE ont débattu cette semaine du rôle de la désinformation dans la crise, s’accordant sur l’impératif d’un meilleur échange de renseignements.

Le Service européen pour l’action extérieure a initié un examen visant à déterminer si des acteurs russes ont cherché à exploiter cet événement sur les réseaux sociaux à des fins politiques.

Frontex, l’agence européenne des frontières, envisage également d’élargir ses attributions, dans le cadre d’une future révision menée par la Commission européenne, afin d’inclure la capacité de surveiller la désinformation diffusée sur les réseaux sociaux.

Toutefois, aucune étude ou enquête indépendante claire n’a encore établi l’existence d’une campagne coordonnée préalable aux événements de la semaine dernière.

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